Passer Antoine d’Agata à l’Intelligence Artificielle

©dumas.salchli editions & Antoine d’Agata

« Ton désir est comme un cancer qui te ronge. Depuis la première fois, tu as baisé si fort que la vie s’est fanée. » (Tania Bohorquez)

Est-on certain de savoir qui nous sommes ?

Qui est là, se demande Hamlet à l’orée de la pièce qu’il invente ?

Je m’appelle Ismaël, mettons, fait dire Herman Melville au narrateur de Moby Dick.

©dumas.salchli editions & Antoine d’Agata

Arrive de façon accélérée le moment où les identités ne cesseront plus de trembler et où il nous faudra penser sérieusement à la consistance même de notre nom.

Avec Dead End, Antoine d’Agata interroge les bouleversements induits par l’intelligence artificielle quant aux liens que nous pouvons établir avec la réalité, ou ce que nos sens externes nous permettent de percevoir comme telle.

Troisième volume de la collection Photo Zine initiée par Corinne Dumas, cet essai visuel provoque le trouble : fors le tirage – signé – inclus dans l’édition, nous comprenons que ce que nous voyons n’a que l’apparence assez grossière de photographies d’Antoine d’Agata, mais, après tout, sont-elles moins bonnes ?

©dumas.salchli editions & Antoine d’Agata

Qu’est-ce qu’un original quand la reproduction mécanique des images à atteint un stade exponentiel ? Cette notion a-t-elle encore un quelconque intérêt ?

Lorsque l’on pratique le sexe sous drogue et que l’on photographie l’objet de notre jouissance, qui est-on ? que ressent-on de l’autre ? quelles sont ses formes ?

 Accompagné d’un texte de Tania Bohorquez – mais qui nous prouve qu’il s’agit bien des pensées de la curatrice et non le produit poétisé d’un logiciel performant ? -, Dead End pourrait être considéré comme un parachèvement des visions crues du photographe, comme une façon de progresser dans la défiguration et l’abstraction.

Comment Georges Bataille et Francis Bacon jugeraient-ils de telles images monstrueuses ?

©dumas.salchli editions & Antoine d’Agata

Avec l’IA, Antoine d’Agata entre dans le domaine de l’indiscernable mais aussi du fantasme algorithmique, comme si ses images elles-mêmes étaient droguées.

On pense à Jean Rustin, à Felix Nussbaum, à l’expressionnisme allemand, et à tout ce que le XXeme siècle a provoqué d’impossible, très certainement maximisé encore à l’ère du capitalocène.

Qu’est-ce encore qu’un corps, qu’une peau, qu’un plaisir sexuel ?

Avons-nous une âme ?

Les chairs des êtres de Dead End sont trouées, perforées de toutes parts, ce sont des martyrs froids de cristal, exhibant de façon exemplaire ce que la société nous cache : son système d’addictions, de dépendances perverses, d’emprises folles.

Les vidéos de porno hantai font florès, on répand nos humeurs sur des mannequins ridicules, le dessin s’animant est un aphrodisiaque dément.

©dumas.salchli editions & Antoine d’Agata

Seringues, squelettes de créatures s’animalisant, épuisement.

Est-il encore possible d’avoir une expérience qui ne soit pas médiatisée par la mort ?

L’idée de la fécondité d’un monde intérieur est-elle devenue inepte ?

On reconnaît ici, mais en plus torturés et désespérés encore, les travaux sublimes et sordides par lesquels la plupart des amateurs de photographie ont connu le photographe français.

Le noyau humain est à nu, la solitude est l’avenir de l’humanité, nous sommes les effets d’une intelligence nous dévorant chaque jour davantage.

Guy Debord l’écrivait : « Le vrai est devenu un moment du faux. »

Il était optimiste.   

Tania Bohorquez, ou son avatar : « Je pleure dans la lumière grise, témoin de l’origine, et porte en moi, endormie, la généalogie du péché. »

Antoine d’Agata, Dead End, design Yann Linsart, texte Tania Bohorquez, dumas.salchli éditions, 2024, 32 pages – 250 exemplaires numérotés comportant un tirage original signé du photographe

https://www.magnumphotos.com/photographer/antoine-dagata/

https://dumassalchli.com/

https://dumassalchli.com/products/antoine-dagata-dead-end-photo-zine-3

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Avatar de Lionel Modolo Lionel Modolo dit :

    et bim, un nouvel achat !merci 😉

    J’aime

Laisser un commentaire