
©Rogier Maaskant
La beauté, est-il dit dans le film Caravaggio de Derek Jarman, est le diamant des pauvres.
En photographiant des vols et envols d’insectes, de papillons, de libellules, Rogier Maaskant plonge son spectateur dans la merveille de l’existant.
Essentiels au cycle de la nature – ce sont à la fois des nettoyeurs et des pollinisateurs -, leur nombre chute dramatiquement depuis des années.

©Rogier Maaskant
Faisant œuvre d’éveil de la conscience, le photographe néerlandais leur offre une scène où apparaître dans toute leur splendeur.
Nous pourrions être dans un pays méditerranéen ou subtropical, mais non, nous sommes dans les forêts, les champs, les étangs tout autour de Rotterdam.
Dans un volume de grand format leur étant entièrement consacré, Sense of presence, les trichoptères, papillons de nuit, moucherons, chrysopes et autres insectes volants déploient leurs ailes.

©Rogier Maaskant
L’utilisation de la lumière stroboscopique, saisissant nettement leur héraldique dans le décor des herbes et des eaux à la surface magnifiée, les dessine nettement, faisant de chaque entité le personnage d’un bal auquel nous assistons comme par effraction.
Photographiés la nuit ou au crépuscule, les papillons dansent sur les pages, entre obscurité intense et fraîcheur du vert.
Ils sont comme suspendus par des fils invisibles, marionnettes géniales métaphorisant notre chemin spirituel : de la terre à la lune, de la reptation à l’élévation.

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Ils volent en bande, mais vers quels desseins, dans quels buts, pour quels rendez-vous nocturnes ?
Chaque page, qu’ils calligraphient par leur présence, est un spectacle fascinant, montrant des escadrilles en apesanteur.
Des bijoux, des pierreries, des gemmes émeraude.
Ames grouillantes, mais sans désordre.

©Rogier Maaskant
Les insectes rêvent-ils d’insectes ?
Engendrement, fécondité, la nature est abondante.
Par leur déplacement synchronisé, les êtres volants géométrisent l’espace, ils l’inventent, le colorent, l’illuminent.

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Il y a des effets de superposition, des épis de blés traversés par des créatures en maraude, et tout un monde relevant presque de la légende arthurienne par sa polychromie, ses points d’enchantement, son mystère profond d’ordre initiatique.
Rogier Maaskant n’est pas un entomologue, c’est un poète.

Rogier Maaskant, Sense of presence, textes Roger Maaskant et Auke-Florian Hiemstra, design Rob van Hoesel, The Eriskay Connection, 2024, 110 pages – 1000 exemplaires

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