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« Les grands parcs nationaux états-uniens entretiennent, suivant ma logique des portails, une parenté secrète avec les zones protégées de la forêt amazonienne, l’île de Bardsey ou le vignoble de Palmer : tous incarnent la résistance d’une écologie native. » (SMITH)
Tout le travail, toutes les recherches de SMITH procèdent d’une pensée de l’interrelation entre les vivants, humains ou non, et d’un lien renouvelé, ou retrouvé, entre le microcosme et le macrocosme, entre le compost et le cosmos, mais aussi entre le visible et l’invisible.
Pas de déchet, de reste, de rebus, mais un vaste ensemble où tout se noue, se relie, se tisse.

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SMITH est une personne, mais ce pourrait être aussi le nom d’un collectif à géométrie variable agrégeant des individualités au profil disparate, mais unies autour d’une même ambition de mieux comprendre et respecter les mécanismes de la vie, les logiques propres et générales traversant chacun, chaque entité, chaque phénomène naturel.
Pour le projet DAMI sont rassemblés, outre le chef d’orchestre se définissant comme artiste trans, le spationaute Jean-François Clervoy, l’écrivain Erwan Desplanques, la bergère Emilie Husson, l’ingénieure agronome et directrice technique du Château Palmer Sabrina Pernet, l’experte du chamanisme Corine Sombrun, la maraîchère Viviane Vincent-Tejero et le linguiste descendant d’une lignée royale Inca Juan Zuniga.

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Dans une atmosphère science-fictionnelle (qui n’est que la réalité dévoilée) et plasticienne (les formes sont le témoignage d’un mystère), DAMI explore les états modifiés de conscience induits par des pratiques spirituelles (méditation transcendantale, transe cognitivo-induite) et de nature initiatrice (prise d’ayahuasca, plante enseignante).
Les premières images montrent une foule regardant le ciel : c’est une residération, un retour aux astres, une façon de se tourner vers l’avenir en observant la lumière – stellaire – du passé.
SMITH pense l’infiniment grand à partir de la terre et du corps, mais aussi de la transmission de la mémoire et des savoirs des ancêtres, des plantes, des animaux, des insectes.
« Dami désigne dans plusieurs langues panoanes les premières images qui se manifestent en nous lorsque l’on travaille avec les plantes visionnaires, comme l’ayahuasca. »

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Prêtant attention aux racines invisibles en chaque être, l’artiste cherche à mettre en évidence par son grand œuvre l’univers symbiotique dans lequel chacun.e se situe.
Nous sommes à la fois uniques et traversés, poreux, informés, déformés, transformés en permanence, ce qui est une joie dynamique – puissance spinozienne.
Connexion, hybridation, expérimentation.
Ouverture, basculement, extension du champ de perception.
Sentiment d’appartenance.
« La transe, précise SMITH, ouvre une brèche dans le tissu de la conscience, un portail par lequel transitent des pensées et des perceptions habituellement étouffées. Certaines sont profondément personnelles, ancrées dans notre histoire propre, d’autres semblent provenir d’ailleurs : du monde végétal, de présences animales, d’une intelligence diffuse, collective, qui traverse le vivant. »
Il s’agit de dépasser les antagonismes ou antinomies traditionnelles, pour une politique glissantienne du tout-monde en chacun.e.
Horizontalité, transversalité, expérience intérieure.
L’œuvre de SMITH révèle des champs magnétiques, des flux énergétiques, des couleurs sidérantes.

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L’utilisation de la caméra thermique, bien évidemment détournée de son usage premier militaire, permet de percevoir cette chaleur énergétique, les images produites relevant du sublime fantomatique unissant aussi bien les animaux (les cochons, un coyote, un cheval) et les humains, que les végétaux, les roches et les ciels.
Emilie Husson : « Avec le temps, j’ai développé avec les animaux des liens d’une intensité, d’une beauté, que je ne pourrai jamais retrouver avec les humains. Parfois, je suis chez moi, à plusieurs dizaines de kilomètres de la ferme, et j’ai un pressentiment. Je devine une vulnérabilité, un besoin, un vêlage compliqué. Dans 99% des cas, cela se confirme : mon téléphone sonne dans l’heure qui suit. »
Viviane Vincent-Tejero : « Désormais, quand je vois un sol nu, des vignes arrachées, cela me fait mal physiquement. Si je vois quelqu’un tronçonner un arbre, même sur une vidéo, cela m’éprouve, me blesse. »
Familiarité, voire amitié, avec les intelligences non humaines, avec les mondes immatériels, avec la multiplicité.
Les corps flottent, s’épandent, communiquent intimement par des langages que nous méconnaissons généralement.
Avec SMITH, l’avenir, s’il se souvient du savoir premier des peuples, est désirable.

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« Il nous faut, en tant qu’artistes, apprendre à discerner, à détourner ; à orienter nos outils et nos récits dans la direction du vivant. Donner à voir ce qui mue, ce qui migre, ce qui se métamorphose, ce qui échappe, ce qui résiste, ce qui refuse de disparaître. Car la vie est ainsi : chaos, imprévisibilité, transformation. Nous devons épouser cette logique : incarner l’entre, ouvrir des passages, fissurer les binarités arbitraires et mortifères qui structurent notre façon de penser, composer une autre manière de voir, de vivre, de devenir. L’art doit comme nous épouser le rythme du monde, son temps profond, et participer à cette mue permanente, à ce grand strip-tease cosmique qui révèle un grand tout superlumineux. »
Le tout du Grand Manitou de Joshua Tree dialoguant avec un vignoble de haut lignage du Bordelais.

SMITH, Dami, textes Erwan Desplanques, conception graphique Yann Linsart, suivi de fabrication Patrick Le Bescont, Filigranes Editions, 2025
https://www.filigranes.com/livre/dami/

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Ouvrage publié dans la collection INSTANTS, avec le soutien de Château Palmer – direction Thomas Duroux – et de Leica Camera France – direction Cyril Thomas
https://www.chateau-palmer.com/
https://www.leica-camera-france.fr/

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La Galerie Christophe Gaillard et l’agence Modds représentent le travail de SMITH