
©Pierre de Vallombreuse
Pierre de Vallombreuse entretient depuis plus de trente ans avec les Tau’t Batu, peuple de l’île de Palawan, au sud des Philippines, une relation de profonde amitié.
Plusieurs livres prenant pour cadre la Vallée qu’ils habitent témoignent de cette complicité fascinée.
Le photographe y a d’abord trouvé un lieu préservé de de la corruption générale, ou mondialisée, mais de plus en plus menacé par les effets délétères d’une modernité extractiviste, ravageuse, non respectueuse des équilibres premiers.

©Pierre de Vallombreuse
Publié par les Editions Odyssée, l’ouvrage Les Temps modernes, accompagnant l’exposition éponyme ayant lieu au Centre du Patrimoine Arménien (CPA) de Valence, rend compte à la fois de la beauté d’un peuple et des lieux qu’il occupe, mais aussi d’une inquiétude grandissante.
L’image de couverture, presque surréaliste, montrant un petit garçon endormi près duquel un rapace effrayé est tenu à bout de bras, indique ce double régime d’innocence et de danger.
Un enfant se balance en se tenant accroché à une tige végétale surplombant une brume mystérieuse, c’est un souverain.

©Pierre de Vallombreuse
Les Tau’t Baru, les hommes des rochers, ce sont environ deux cents personnes, avec qui le photographe a vécu quatre ans, apprenant notamment leur langue.
« Ils sont, précise-t-il, agriculteurs, chasseurs-cueilleurs, doux moqueurs, égalitaires, un peu anarchistes et pacifiques. »
L’impression générale est celle d’une liberté de corps corrélée à celle de l’esprit, et d’une sensation d’entrée dans un temps poétique.

©Pierre de Vallombreuse
Désormais, s’approchant de ce sanctuaire naturel, des routes s’avancent, des bulldozers arrachent les arbres des basses terres, des agriculteurs et exploitants achetant des terres à faible prix pour y développer rizières et plantations.
La drogue arrive, ainsi que les missionnaires chrétiens et les éducateurs de toutes sortes, autres périls.
Les Tau’t Baru sont en danger.

©Pierre de Vallombreuse
Pierre de Vallombreuse n’est pas un ethnologue, mais un photographe, dont les images au noir et blanc confèrent aux êtres et paysages qu’il regarde une aura d’intemporalité très belle.
Pas de contrastes criants à la Salgado, mais des nuances de gris et des lumières faisant quelquefois songer au cinéma des origines ne craignant pas la merveille.

©Pierre de Vallombreuse
Des images nobles, non dramatisées, une harmonie, une concorde.
Des photographies de la jungle, grandiose, alternant avec les portraits et les scènes de la vie quotidienne, ponctuent le livre.
Les images en couleur – fin de l’ouvrage – montrent un présent ambigu : on met le feu à la forêt, on déverse des cailloux pour construire toujours plus avant une route symbolisant l’avancée inéluctable de la modernité capitaliste.

©Pierre de Vallombreuse
Mais elles disent aussi, dans la volupté de la pénombreuse doucement éclairée, la puissance de refuge de la nuit, du ciel, des songes.
Faut-il maintenant que la fiction recrée le monde perdu ?

Pierre de Vallombreuse, Les Temps modernes, textes Pierre de Vallombreuse, propos final Chrystèle Roveda, direction éditoriale Camille Gallet & Gilles Cargueray, direction artistique Lionel Catelan, relecture Catherine Guichardon, direction technique Alain Escourbiac, développement photo Bastien Deschamps, photogravure Christophe Boënnec, Editions Odyssée, 2026
Projet soutenu par la Fondation Iris

©Pierre de Vallombreuse
https://www.editionsodyssee.com/
https://www.editionsodyssee.com/lestempsmodernes

Exposition éponyme au CPA (Centre du Patrimoine Arménien), Valence – du 27 février au 20 septembre 2026