
©Jean-Luc Feixa
Hunt, nouveau fanzine de Jean-Luc Feixa après Hexie Hao, procure un sentiment de paix paradoxal.
Page de gauche, des photographies de paysages très sereins au format carré, beauté des grains de l’argentique, noir & blanc ; page de droite, en couleur, isolées sur la page dont le fond est noir des images de cartouches usagées de fusils de chasse.
C’est le yin et le yang, la complémentarité des contraires, l’ataraxie malgré la peau trouée ; c’est l’envie de tuer, malgré la sérénité de l’environnement traversé.
Pour encadrer l’ensemble, aux premières et dernières pages, Jean-Luc Feixa a choisi le graphisme d’un plan situant probablement ses prises de vue, dans une zone, précise-t-il en préface, de 3 km2, traversée par la Garonne, et offrant une vue sur la chaîne des Pyrénées.

©Jean-Luc Feixa
« Arpenter ces quelques kilomètres, écrit-il, c’est enfin s’immerger dans un concert de cris de buses, de huppe et de galop de lièvres apeurés. Habitués au bruit constant de la ville, j’essaie le plus souvent possible d’offrir à mes oreilles le plaisir de cette douce mélodie. »
Hunt, ce sont des photographies de brume, une ligne d’eau et de poteaux téléphoniques, quelques arbres étiques, fantomatiques, des silhouettes.
Tout est figé, il y a tension entre le paysage où tout semble ordonné, et la présence menaçante d’une cartouche dont on entend mentalement l’explosion.

©Jean-Luc Feixa
Tout va se déchirer un instant, avant de retrouver sa structure habituelle.
Les images vont jusqu’à l’effacement, l’évanouissement, l’engloutissement.
D’un côté l’abstraction, de l’autre la réalité de la chasse.
La cartouche est une métonymie, le paysage est une métaphore, de l’âme, de la permanence des formes, du dialogue constant entre la terre et le ciel.
Il y a généralement une horizontale formant symétrie entre les deux parties de l’image, tout peut se renverser, ainsi la mort dans la vie, et la vie dans la mort.

©Jean-Luc Feixa
Des vaches et de la poudre létale.
Une nature à la Corot et le jaune d’une Puma 25.
Des labours et et le blanc d’une Cyrano 28.
Des oiseaux, un tertre, des ombres, et la verticalité d’objets à la chromie presque pop annonçant le sang répandu.

©Jean-Luc Feixa
Par sa dialectique impeccable, Hunt interroge la soudaineté du glas dans l’apparence édénique de paysages aussi sublimes que modestes.

Jean-Luc Feixa, Hunt, texte (français/anglais) Jean-Luc Feixa, graphic design Mathieu Van Asshe, Pamuk Editions, 2026

©Jean-Luc Feixa
https://www.jeanlucfeixa.com/hunt

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