
©André Guenoun
« Guenoun préfère inventer, avec un lyrisme discret mais profond, une syntaxe des transformations de la matière et des objets en transit. » (Arnaud Claass)
Chez André Guenoun, la rue nous joue des scènes, nous fait des siennes, est un théâtre de signes taciturnes relevant d’une logique secrète outrepassant la rationalité ordinaire.
Son peuple est une foule d’indices marquant le sol et les murs, les dérangeant, les blasonnant.
Ce sont des plaques blanches, des flèches, des superpositions de traces, tout un jeu d’exhibition et de voilement.

©André Guenoun
En se promenant dans l’espace urbain, André Guenoun repère des formes géométriques, des inscriptions, une vie autonome de traits et de glyphes.
Des craquelures, des brisures, des déchirures.
Des lumières, une héraldique spéciale, des décalages.
L’artiste photographie à l’argentique noir & blanc des laisses de rues, comme il y a sur le rivage des laisses de mer.
Des pancartes échouées, un matelas, des objets à la dérive, des bouts de carton.

©André Guenoun
Tout ceci constitue une archéologie du temps présent, la peinture abstraite de notre contemporanéité.
Des tubulures s’embrassent, une borne a été pliée, on a dessiné à la craie quelque silhouette curieuse faisant songer à un tracé de crime.
Sorte d’inventaire sauvage, constitué non sans humour, le volume Eléments donne la sensation que les choses nous regardent plus que nous ne les remarquons peut-être, ou qu’elles se fichent bien de notre présence, tout occupées à leurs conversations privées.
C’est la langue d’une boîte d’œufs vide crevée, de filets d’eau irisant le macadam, de dessins pariétaux parfois difficilement déchiffrables.
On pense au peintre George Mathieu, puis l’on ne pense plus, on accepte d’être subjugué par des organisations formelles de trois fois rien.

©André Guenoun
C’est l’anarchie du quotidien, le vaste battement des signes incongrus, la lévitation des pierres, comme sur la couverture.
Voilà, Eléments expose les pièces d’un autel étonnant ayant les dimensions de la ville.
Il n’y a pas de reste, mais une intégration, chorale, des matières, formes et structures rappelant la dimension sacrale de l’existence.
Une vie bruissant d’énigmes, des déités de béton, des entités d’ombres et de taches de peinture.
La tonalité générale est presque fantastique, André Guenoun collectant les preuves d’un monde le plus souvent inaperçu et pourtant criant de présence.
« Du point de vue intellectuel, écrit en préface Arnaud Claass, il s’agit d’une somme, d’un travail de négativité, mais d’une négativité follement jubilatoire pour l’œil et pour l’esprit. Car ces images, fortement individualisées, sont comme autant de petites épiphanies grâce auxquelles l’insignifiant se métamorphose lumineusement en positivité. »

André Guenoun, Eléments, préface Arnaud Claass, Editions Naima, 2026, 144 pages
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