L’amour de la littérature et de la sensibilité, par la revue Edwarda

Landscape, 1897, Albert Pinkham Ryder « Pour reprendre un titre de Jean Genet, nous sommes tous les captifs amoureux, les captives amoureuses d’une ou de plusieurs créations littéraires qui, à la pulsion de mort, opposent la puissance de la Lettre comme pulsion de vie. » (Sam Guelimi) Il est des lieux où le feu de la littérature…

Posséder une voix, par Paloma Hermina Hidalgo, écrivaine

©Sylvie Lobato « Face à lui, en culotte de bikini, taille huit ans. Autour du cou, une croix, retenue par une chaînette. Il m’assoit sur le capot brûlant de la Jaguar, ouvre mes jambes, me force à cueillir, loin au-dessus de moi, une branche de figuier. Le bras droit en extension, j’allonge la poitrine, bande mes…

Chroniques de la perte, par Eugenio De Signoribus, écrivain

« Sans doute que déjà, au ventre de la mère, on grandit avec l’aliment de ses soupirs anxieux, avec la nostalgie de rentrer avant même que de sortir, et avec ses larmes qui inondent tous les plis de l’univers interne. Elles imbibent jusqu’aux poudres du nouveau-né. Ce que l’on va devenir est-il là, prisonnier de tant…

Contre la barbarie, par Klaus Mann, écrivain

« Je souhaiterais n’avoir jamais écrit une ligne qui n’eût pas résulté pour moi – pour moi personnellement – d’une nécessité absolue, qui n’eût pas été une confession mise en forme, organisée, et donc une œuvre d’art. J’aimerais n’avoir jamais publié une ligne qui n’eût, de manière infime, infinitésimale, contribué à éclairer l’énorme confusion que connaît…

La littérature comme effervescence, par la revue Aventures

Coronis et son amant, Livre du Voir-Dit, Perrin Remiet, France (Paris), vers 1390, Paris, BnF Inventée et dirigée par Yannick Haenel, Aventures, publiée aux éditions Gallimard, est plus qu’une nouvelle revue littéraire, c’est un feu ardent de littérature. Sa couverture fait penser à une page du Talmud, donc à l’exégèse juive : titre au centre, puis, tout…

Survivre au mal, aller vers l’amour, par Salman Rushdie, écrivain

Shadows, détail, 1978, Andy Warhol « Deux nuits avant de prendre l’avion pour Chautauqua, j’ai fait un rêve où j’étais attaqué par un homme armé d’une lance, un gladiateur dans un amphithéâtre romain. Il y avait un public réclamant du sang à grands cris. Je roulais sur le sol d’un côté et de l’autre pour tenter…

Chercher un frère, par Fanny Wallendorf, écrivain

©Anne-Lise Broyer / courtesy Galerie S. « Des scènes sanglantes envahissent mon esprit, des pensées qui ne m’appartiennent pas. C’est le Chasseur qui les a déposées en moi. » Il est de certains livres, la plupart en fait, où tous les mots ne comptent pas. On les parcourt, on a compris, la langue est pauvre, la pensée…

Le dieu du Mikado, par Erri De Luca, écrivain

« Certains voient la vie comme un fleuve, certains comme un désert, d’autres comme une partie d’échecs avec la mort. Moi, je la vois sous forme d’un jeu de Mikado en solitaire. / A l’origine, la chute des quarante et un bâtonnets servait à interroger le destin. On lisait la réponse dans la forme du tas. »…

De profundis, la revue comme philocalie

© Juliette Vallejo Revue de pensée, d’écriture et d’art, De profundis est aussi un espace de réflexion théologique d’obédience chrétienne (orthodoxe/catholique). On y lit dès les premières pages les propos de frère Jean-Christophe de Nadaï, rédigé à Saint-Etienne-du-Mont, église dédiée le 25 février 1626 par Jean-François de Gondi, premier archevêque de Paris, oncle du cardinal de…

Petit tas d’ordures, vie bouleversée, par Gaëlle Obiégly, écrivain

Chiffonnier, avenue des Gobelins, Paris,1899, photographie Eugène Atget « Le chiffonnier, qu’on appelle plutôt biffin actuellement, ne se résout à la mort de rien. Il marche, il marche, il marche. Quand il s’arrête, c’est pour fouiller les poubelles et les tas d’ordures. Ce fut le métier de mon ancêtre, venu de Pologne, quand il vint s’exiler…

Traverser le semblant, par Fanny Lambert, écrivain

©Anne-Lise Broyer « Intimité et pudeur pour fronder. » L’amour arrête-t-il le temps, le coupe-t-il ou le densifie-t-il ? Le désir nous sépare-t-il ou nous unifie-t-il ? On se quitte, la main devient sans emploi, et la bouche, et la palpitation rapide des veines, mais il reste l’écriture. L’automne arrive, il va falloir faire avec le froid. Je lis…

Totalitarisme et tasse de thé, par George Orwell, écrivain

« L’adhésion à toute discipline politique, quelle qu’elle soit, semble être incompatible avec l’intégrité littéraire. » Il y a chez George Orwell une pensée antitotalitaire, un sens de la juste mesure accompagné du goût des choses simples, et une tentative d’élaborer les voies d’un socialisme libéral – défense des libertés fondamentales de l’individu – qui m’enchante. Peut-on…