Trancher Méduse, peut-être, par Catherine Ternaux, écrivain

Jacques Villeglé « Les regards se tournent soudain vers la femme debout, très droite, qui s’avance vers la table en portant un grand plat de terre. Des fumerolles s’en échappent qui voilent son visage souriant. Tu as cru que la tête était posée dans le plat mais, quand le plat s’est avancé davantage, tu as compris…

Un nouvel amour du langage, par la revue de littérature Aventures

James Joyce, 1928, par Berenice Abbott « L’intensité de la sensation détruit l’ordre. » (Georges Bataille) Paraît la troisième livraison – sous couleur orangée – de la revue de littérature Aventures, et c’est une joie renouvelée. Les écrivains sont seuls, ou à peu près, mais il y a la fraternité des revues, ces laboratoires textuels tentant par…

Par le milieu du ventre, journal de Mireille Havet, écrivain

Mireille Havet « Nous sommes bien trop lents, et je sens monter en moi une sorte de sensualité brutale et immédiate, qui me fait désirer l’épuisement rapide de mes convoitises, et ceci sans parole et sans rémission. » Mireille Havet, que je découvre par le volume Le monde entier vous tire par le milieu du ventre (journal…

Fox-trot littéraire, par Frédéric Berthet, écrivain

Steffi Graf « Bien que germaine, l’une de mes cousines est anglaise. Mais ce n’est pas, of course, la seule raison pour laquelle les Britanniques me plaisent depuis longtemps. Ils ont inventé, outre ma cousine, ce qui est déjà considérable, beaucoup de choses indispensables à notre vie quotidienne : la mini-jupe, la pêche de la truite à…

Entrer dans la couleur, par la revue Edwarda

La joie de vivre, 1905, Henri Matisse « Mon premier signe de grossesse n’a pas été les seins énormes, tendus à bloc, le teint resplendissant, pêche de vigne, les nausées H24, les 80 ans ressentis, l’addiction au sucre et au gras, l’envie de chialer pour un oui pour un non, le flair d’un chien de chasse,…

Liberté de la littérature, par Georges Bataille, et Michel Surya, écrivains

Le Martyre de Saint Laurent, 1613 · Gian Lorenzo BerniniGalleria degli Uffizi, Florence, Italy Non serviam, formule du diable, est pour Georges Bataille la définition même de la littérature : refuser toute forme d’assujettissement, aller vers la déliaison pour rejoindre, par le sacrifice – de soi, de la langue, d’une victime expiatoire – sa propre souveraineté….

Pérugin sauve, par Stéphane Lambert, écrivain

St Jérôme dans le désert, 1504, Perugino, huile sur panneau de bois, 89,3 x 72,5 cm « Le seul lieu que j’habitais avec bonheur était mes livres, petites barques imaginaires où je me tenais à l’écart du monde tumultueux. Hors d’eux j’étais déboussolé. » Il arrive qu’on soit égaré, perdu, qu’on ne sache plus très bien ce…

Gênes, une allégorie, par Edoardo Sanguineti, poète

Lisetta Carmi, Gênes, Balera a Sant’Eusebio, 1967 © Martini & Ronchetti, courtesy archivio Lisetta Carmi « Avec cette drôle de tête / Avec ce drôle d’air / Que nous avons avant d’arriver à Gênes / Nous demandant si cet endroit / Ne va pas nous engloutir / Et nous ne pourrons plus nous en retourner //…

Une féérie cruelle et grotesque, par Esther Teillard, écrivain

James Ensor (1860-1949), Les Masques raillant la Mort, 1888. New York, MoMA © New York, MoMA « J’ai peur de me faire gueuler dessus ici. J’ai peur de me tromper de mots, que mon lexique chlingue la cagole, les rapports sexués, la femme en tanga sur la plage qui fait baver l’homme étalé érotomane. Ma terreur…

Vie ardente de l’étrangère, par Alda Merini, poétesse

« La maladie mentale est l’âme de la parole. » (Alda Merini) On ne connaît pas, ou vraiment très peu, en France, la poétesse milanaise Alda Merini (1931-2009), considérée pourtant dans son pays comme une auteure majeure. Souffrant de maladie mentale, elle fut régulièrement internée, aimant beaucoup – notamment son dernier grand amour Michele Pierri – ,…

Fuir, se fuir, se trouver, peut-être, par Wolfgang Hermann, écrivain

©Lorenzo Castore « La jeune et jolie doctoresse qui me tient la main a un je ne sais quoi de Jeanne d’Arc. Je décide de m’éprendre d’elle pour contrer la mort. »  Après Adieu sans fin (2017) et Monsieur Faustini part en voyage (2021), également publiés aux éditions Verdier – tradution impeccable d’Olivier Le Lay -, Paysage…

Au pays inexploré, par Amaury da Cunha, photographe

©Amaury da Cunha « Lorsque je lis les récits de Mansfield, aussi brefs que fût sa vie, je suis émerveillé par leur langueur atmosphérique et la fragilité de leurs motifs. La fragmentation du monde qui les fait vibrer est aussi celle de son esprit. Ces histoires semblent écrites sous la menace à peine voilée d’une faille…