
©Inconnu
« Alain et moi avons tenu à vivre ensemble ses deux dernières tournées. Aujourd’hui, je réalise que cela fait une tranche de vie qui n’aurait pas existé si on n’avait pas fait bloc ensemble. Il faut absolument faire les choses comme on le veut. Après c’est fini pour toujours. »
Chloé Mons est rock.
Qu’elle écrive ses souvenirs – rencontre et vie avec son mari Alain Bashung dans Let go, 2012 ; unions de femme libre dans Jachère, 2020 -, qu’elle chante (dix albums, dont Walking, Hôtel de l’univers, Soon), joue au théâtre (Je ne suis pas narcissique), prenne des photos, filme (les Etats-Unis et l’Inde), ou marche simplement dans la rue en bottes western, longs cheveux blonds descendant jusqu’aux reins, Chloé Mons est rock, et même country.
Son nouveau livre, Spacing, ouvrage composé essentiellement de photographies de ses déplacements/espacements accompagnés de courts textes, est un nouveau voyage dans le roman de son existence.

©Poppée Bashung
Ecrire pour repartir, surtout pas pour bâtir un mausolée.
On pose les choses, on regarde le passé sans ciller en le remerciant, jusque dans ses périodes de deuil, et on relance les dés.
Trains, voitures, avions, motos, être vraiment là et vraiment ailleurs, dans une sensation d’unité multiple parfaite, quoi de mieux ?
« Chaque image, écrit Chloé Mons, une trace de vie. / C’est une de mes quêtes dans tout ce que je fais, chansons, livres, films : fixer les choses, ne jamais oublier. Essayer de capturer l’atmosphère d’un instant, l’odeur d’une pièce, la chaleur d’un après-midi, la lumière d’un matin. »
Prendre des photos, se rappeler le goût des départs, le visage et le corps des proches, les situations, avoir vécu, revivre, et vagabonder de nouveau.

©Chloé Mons
Rassembler quelques valises, souvent volumineuses, ne rien oublier, oublier l’essentiel, ne pas manquer le prochain vol.
Lunettes de soleil, parfums de la route, ivresse de vivre.
Chloé Mons ouvre ses archives, dévoilant les images de sa vie sans ordre chronologique, dans une brassée de temps englobant tous les temps : tournées avec Daniel Darc, Alain Bashung, Yan Péchin, amitié avec des musiciens, écrivains, peintres, garde du corps (l’ancien braqueur Doudou), parentèle aimée, et la présence de la petite merveille, Poppée, fille d’un couple ayant interprété à deux pour leur mariage Le Cantique des cantiques dans l’église d’Audinghen, non loin de la ferme familiale située sur le Cap Gris-Nez.

©Chloé Mons
Lors d’un voyage en Roumanie, en 2015, Cluj-Napoca, l’artiste rencontre, seule, sa famille du côté maternel.
« Arrivée là-bas, confie-t-elle, je me suis sentie clairement une fille de l’Est. / Les traits de mon visage qui font qu’on me demande toujours si je suis russe. / Le tempérament incroyablement vivant des femmes de ma famille. / Ce mélange de force et de sensibilité. / Ce fut une fugue initiatique. Savoir d’où l’on vient donne des clés pour la vie. »
Les villes défilent (Londres, Ajaccio, Los Angeles, San Francisco, New York, Lisbonne, Bellagio, Tourzel-Ronzières, Venise), les paysages (Hawaï, Afrique du Sud, la Casamance, l’Argentine), et les atmosphères consolatrices pour une lonesome cowgirl aimant jeter les amarres, sans manquer de solidifier les liens d’admiration (lettre à Jean-Louis Murat).
Pourquoi la photographie a-t-elle été inventée ? « Pour fixer des moments amoureux », avec Alain, longuement regardé.
Eloge d’une famille exceptionnelle : « J’aime ma famille. C’est une tribu avec de fortes personnalités, des individus érudits et passionnés. Parfois insupportables, égoïstes, cruels, injustes. Mais d’une générosité hors du commun, accueillant toujours les chats perdus et les gens paumés pour des temps sans limites. Un vrai foyer où ça brûle. La place de l’art y est centrale et je n’ai jamais rencontré des gens plus curieux que mes parents. »
Plus bas : « La maison de mes parents est une ancienne imprimerie, immense palais industriel rempli d’art et de curiosités. Toutes les créations de l’humanité s’y touchent : art africain, art brut, art indien, art populaire, art contemporain… Il y a aussi une galerie où ils organisent des expositions. Elle s’appelle Zone de Confusion. Mon frère et moi avons grandi dans cette merveilleuse accumulation et nous la prolongeons à notre manière dans nos intérieurs. »
Images et mots se succèdent avec fluidité : le mariage avec Alain, l’Inde, terre sacrée, les chambres d’hôtel.

©Chloé Mons
Spacing relève de l’intime, mais c’est aussi une façon de rappeler à tous que la vie et l’art sont en étroite correspondance, qu’il y a du mystère dans les parcours de chacun, et que l’appel irrésistible de l’inconnu conduit aux plus belles des équipées sauvages.
« Les désirés, écrit Chloé Mons au terme de son livre très beau et inspirant, qui n’existent que dans le désir d’autrui, ont le power et le monde à leurs pieds. Les désirants, ceux qui ont des visions et qui savent exactement où se loge leur aspiration, ceux qui vont à la conquête de leurs rêves, de leur vie et des ailleurs, ont la vie rude. Pour ces derniers dont je fais partie, la route reste la meilleure des réponses. Elle nous arrache aux mailles du filet social. Elle nous place clairement hors système. Elle répond à cette divine impatience qui bat au fond de nous, celle qui nous pousse à aller toujours plus à la rencontre, à l’aventure, à dépasser l’horizon, à franchir les lignes dans un souffle magnétique de liberté. Elle nous permet d’avoir envie, encore et encore. »
Allez Chloé, on s’arrache, tchao, bye bye tout le monde.

Chloé Mons, Spacing, Médiapop Editions, 2024, 228 pages
https://mediapop-editions.fr/catalogue/spacing/

https://mediapop-editions.fr/catalogue/let-go/

https://mediapop-editions.fr/catalogue/jachere/

©Chloé Mons