Prolégomènes à une philosophie du skateboard, par Finnegans SK8, écrivain

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Paranoid Park, 2007, Gus van Sant

« Deux cents ans de technologie américaine ont créé, sans qu’on y prenne garde, un immense terrain de jeu en ciment au potentiel illimité. Mais il aura fallu les yeux d’enfants de onze ans pour saisir ce potentiel. » (Craig Stecyk)

Ecrit par un fan de James Joyce à la croisée de la pop philosophie de Gilles Deleuze, de la pensée sur la postmodernité de Frederic Jameson et de l’analyse debordienne de la société du philosophe Anselm Jappe, Mes vagues de béton, du bien-nommé Finnegans SK8, est une étude sur le phénomène du skate comme arme de déconstruction massive du capitalisme.

Par quoi tout cela a-t-il commencé ?

Par des piscines vides en Californie un été de canicule, investies par des gamins, garçons sauvages à la Burroughs, écoutant les Beastie Boys et refusant l’ordre mortifère capitaliste.

Rébellion des quartiers pauvres contre les quartiers riches (voir Wassup Rockers, de Larry Clark).

Nous sommes en 1976, il fait très chaud, la ville est un étouffoir, il faut la réveiller, la rendre désirable, l’émanciper d’elle-même, lui redonner sa fraîcheur érotique, la skater, la remythologiser.

Grâces de la contre-culture américaine ayant une résonnance dès les années 1980 à l’échelle mondial [lire le premier numéro de la revue lycéenne calaisienne Hiatus, dont j’étais l’un des animateurs/créateurs].

Très bien écrit, bourré de formules qui perforent les idées reçues, Mes vagues de béton est un livre politique, proposant d’explorer d’autres usages de la cité, de la réinventer.    

C’est un combat contre la gravité, contre les parents, pour la préservation du frondeur esprit d’enfance.

« Il s’agit de contre-effectuer le consumérisme, en utilisant comme surface d’action le matériau capitaliste par excellence [le béton]. »

Lisiez-vous Trasher, le magazine des férus de skate, lorsque vous étiez ado ?

Regardiez-vous des vidéos de Powell Peralta ?

« Welcome to Hell est sans doute la vidéo la plus baroque. C’est la vidéo que le Caravage aurait tournée s’il avait vécu en Californie dans les années 1990. »

Etiez-vous un trickster, un inventeur de figures un peu madré (lire Mehdi Belhaj Kacem) ?

Quelle était la bande-son de votre enfance ?

Le skateur est-il une sorte de flâneur benjamin ? Pas vraiment, pas uniquement, car il y a aussi la culture de l’exploit, le risque de la gamelle sévère, le jeu avec la reconnaissance par ses pairs, le sens de la révolte.

« Le skate laisse des traces de peinture, il érode et casse même parfois les rebords de pierre et de béton. Il est indéniable que le skate est un accélérateur d’entropie. »

Se laisser porter par les plis du béton, penser avec son corps dans l’espace, entrer dans le territoire pour le déterritorialiser (Deleuze).

Tout désir est un agencement.

Que désire le skateur ? L’air libre, le franchissement des frontières, le « devenir-vague là où il n’y a pas d’eau », l’arrêt du temps, l’ivresse du style.

Danser la ville, écouter la musique de Mr. Dibbs, voir en boucle la vidéo Sorry (2002).

Lire avec enthousiasme Mes vagues de béton.

Finnegans SK8, Mes vagues de béton, Quelques fragments sur le skateboard, Editions de la variation, 2025, 190 pages

https://www.editionsdelavariation.com/finnegans-sk8-mes-vagues-de-beton-quelques-fragments-sur-le-skateboard

https://www.leslibraires.fr/livre/24412310-mes-vagues-de-beton-quelques-fragments-sur-le-skateboard-finnegans-sk8-de-la-variation?affiliate=intervalle

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