Tripoli, entre effondrement et vitalité, par Vincent Genet, photographe

©Vincent Genet

Fresque de Tripoli, de Vincent Genet, est un livre hybride, passionnant dans la multiplicité de ses visions.

Opérant la rencontre du journal intime et du documentaire, cet ouvrage d’ampleur explorant la ville libanaise en ses divers quartiers, et jusque sa proche périphérie, se regarde aussi comme on contemple une mosaïque d’images.

Les photographies se chevauchent quelquefois dans une dimension plus expérimentale, Fresque de Tripoli construisant un écheveau de significations, et se lisant comme une œuvre ouverte bien plus que comme la tentative d’épuisement d’un lieu.

©Vincent Genet

Les images – 315 photographies couleur – sont dispersées sur les pages, il y a profusion de vues commençant dès la couverture cartonnée, dont l’épaisseur et la reliure à la suisse permettent un déploiement et un maintien propices à la lecture.  

On voyage dans Fresque de Tripoli, on est désorienté, on se perd avec confiance – le chapitrage et les notules explicatives sont des boussoles.

Cet ouvrage riche, première partie d’une œuvre commencée en 2019, Les fleurs qui le regardaient déjà, est en quelque sorte vécu par son auteur comme on entre dans un récit initiatique conduisant à mieux se connaître au contact des autres et du monde.

©Vincent Genet

Fresque de Tripoli nous fait parcourir cette ville où un grand nombre d’habitants vivent dans des conditions précaires, notamment depuis la chute de la livre libanaise rendant le quotidien extrêmement difficile, d’autant plus que beaucoup de bâtiments – Vincent Genet le montre – sont sur le point de s’effondrer, ou s’effondrent.

Le patrimoine historique est mal en point, l’urgence étant à la sécurisation, jour après jour, des conditions d’existence.

Tensions communautaires, chômage élevé chez les jeunes, intégration parfois compliquée des réfugiés syriens, sentiment général d’abandon.

Symbole de la crise libanaise, Tripoli est à la fois un rêve doux – l’une des premières images -, et une réalité âpre.

Crise économique, crise de l’urbanisme, crise identitaire, crise des poubelles.

Effervescence populaire dans le souk, hommes attablés, femmes ensemble.

Vincent Genet alterne les moments de paix, dans une arrière-cour ombragée, dans une salle de prière ancienne, et les images d’un chaos en cours (rues dépavées, immondices).

Beaux immeubles modernes, mosquée au style aleppin, et gravats sur le trottoir.

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Une femme lit un recueil de Mahmoud Darwich, tout n’est pas perdu.

L’Orient-Le jour vient de paraître : « Libérez Ibrahim Abdallah ! »

Guidé par sa lumineuse amie Sarah, Vincent Genet a découvert une ville qu’il restitue dans sa beauté et sa complexité, sa laideur et sa soif de vivre.

Les photographies d’un nombre important de bâtiments expriment par leur délabrement le pitoyable état de la ville située à 90 kilomètres au nord de Beyrouth.

©Vincent Genet

Pourtant, Fresque de Tripoli, dont le graphisme est particulièrement dynamique, n’est pas un livre affligeant, c’est un état des lieux, un monde en soi, riche, pluriel – comme un cosmos.

Du désordre oui, de la gabegie oui, mais surtout un espace mouvant, divers, infini au fond. 

Vincent Genet, Fresque de Tripoli, édition et réalisation Dominique Gaessler, Trans Photographic Press, 2024, 192 pages

https://www.instagram.com/vincentlebrigand/

©Vincent Genet

https://www.transphotographic.com/produit/fresque-de-tripoli/

Série de vidéos sur le site internet : http://www.ladansedesrelations.com

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