
©Joao Mota da Costa
Angst est un livre court, radical, d’Hélène Cixous, publié en 1977 par les éditions des femmes (Antoinette Fouque), où l’angoisse s’exprime en un seul souffle haché pour dire le rapport à la mère et au corps, à l’identité féminine, à la finitude.
C’est une marque inscrite dans la chair d’une histoire familiale difficile, blessée, déchirée.
« L’angoisse, écrit l’amie de Jacques Derrida, est ma compagne secrète. »
Pensé d’abord par Soren Kierkegaard, repris ensuite par Martin Heidegger, puis par Jean-Paul Sartre, le concept d’angoisse est selon ces philosophes inhérents à la nature humaine confrontée à des choix cruciaux – donc au vertige de la liberté (et si je prenais cette décision et pas telle autre, au risque de me tromper ?) -, mais aussi au fait que nous sommes mortels et que nous devons engager notre responsabilité.

©Joao Mota da Costa
C’est maintenant le titre d’un livre de photographie de Joao Mota da Costa, où plane la belle présence de Paulo Nozolino.
Se présentant sous couverture entoilée de couleur crème, cet ouvrage aux pages très noires, alternant avec des surfaces immaculées de blanc, est de dimension cathartique.
En son centre s’impose le spectacle effrayant d’un reliquaire comportant deux crânes et quelques ex-voto.
Il s’agit d’aller au plus proche de la mort, en ce qu’elle comporte de destruction du corps, de ravinement des visages, d’usure des chairs, afin de contempler avec effroi notre inéluctable dépérissement.

©Joao Mota da Costa
En nous souvenant que nous allons mourir – memento mori -, en nous confrontant directement à l’angoisse de cette certitude, peut-être parviendrons-nous à diluer le poison de la mélancolie, ou de la délectation morose, voire de la dépression ou de l’aboulie.
En photographiant la pierre corrodée, des fumerolles, tout un monde de formes abstraites symbolisant notre métamorphose – le retour aux unités premières -, Joao Mota da Costa nous fait prendre conscience à la fois de la splendeur brutale de la puissance d’involution, mais aussi de la grâce des matières disponibles pour toute réinvention de l’être.
Que l’ego s’amenuise quand arrive l’heure dernière : place à la roche, place aux tableaux vides dans les églises abandonnées, place à la rencontre du bois et d’une structure minérale.
Le papier est brillant, la main glisse, tout fuit, pantha rhei, disait Héraclite d’Ephèse, mais tout persiste dans le génie géométrique.

©Joao Mota da Costa
On marche sur du verre brisé, on est un Atlante insuffisant, quelqu’un a construit un nid de pierres – pour quelles créatures ?
Deux lignes s’ouvrent dans les ténèbres comme les pages du livre de notre destin.
Il y a quelque chose d’Artaud ici, et de son théâtre de la cruauté.
Des oiseaux ont chu, un serpent s’enroule dans un bocal rempli de formol, un homme aux longs doigts placés devant la bouche semble dubitatif – on songe à Saint Jean, ou Saint Sébastien.
Tout est beau ou monstrueux, monstrueux et beau.

©Joao Mota da Costa
Dieu n’est pas mort, il prend des apparences inattendues, préparez-vous.
Votre squelette rit alors que vous vous inquiétez.
Tout va bien, nous allons mourir, mais même le marbre si froid finit par se fissurer et s’ouvrir à la joie.

Joao Mota da Costa, Angst, sequence Joao Mota da Costa and Paulo Nozolino, editing Tiago Casanova and Petro Gumaraes, design Ines Nepomuceno, production Antonis Pappos, Nick Harde and Emilie Tizien, XYZ Books, 2025 – 200 copies