
©Franck Pourcel
L’étang de Berre, site d’un des plus importants complexes pétrochimiques d’Europe, est un espace empli de paradoxes.
On y travaille dur et l’on y farniente, on y pêche et on y vient en villégiature, on y pratique des sports nautiques et on y transforme l’or noir, jour et nuit.
Anchois et pétrole, canards et fumées méphitiques, kitesurf et benzène.
Ce territoire riche, fascinant et désolant, est l’objet d’un beau livre de Franck Pourcel, qu’il me plaît aujourd’hui de ressusciter vingt ans après sa parution chez son éditeur historique, Le Bec en l’air, La petite mer des oubliés.

©Franck Pourcel
Lorsque l’avion approche de Marseille, l’étang de Berre apparaît, ceinturé d’usines peu amènes, si proches de la belle Méditerranée.
Comme l’écrit dans son ample préface Jean-Louis Fabiani, directeur d’études à l’EHESS, le regard de Franck Pourcel n’est pas anti-industraliste, mais précis, sans jugement hâtif, et de reconnaissance des multiples enjeux de cet espace rassemblant des acteurs toujours regardés dans leur dignité – le photographe, qui peut être malicieux, n’est pas un ironiste.
Arrivée du pétrolier Polyanka dans le port de Lavéra, à Martigues : une amarre est lancée (page 27), comme un pêcheur lance un filet au milieu de l’étang (pages 28, 29, 30), ou à Vitrolles (pages 32, 33).
Levée d’une trabaque à Saint-Mitre-les-Remparts.

©Franck Pourcel
Franck Pourcel est aristotélicien : inutile de photographier le corps entier de ses personnages, une attitude, un geste, suffiront à faire comprendre l’action.
Mais que pêche-t-on et ramasse-t-on dans l’étang de Berre et ses rivages ? des loups, des mulets (d’où l’on extrait la poutargue), des dorades, des anguilles, des soles, quelquefois des sandres, et des crustacés, notamment des palourdes et des crabes.
Ici l’eau rencontre le fer.
Raffinerie, pomperie de fiouls, casques antibruit, gants de protection.
Inquiétude de salariés à l’annonce d’un plan social.

©Franck Pourcel
Les images de Franck Pourcel sont essentiellement en noir et blanc, exprimant avec une force sereine les travaux et les jours.
Le vent est puissant, on pique-nique à deux pas des usines, on ramasse des coquillages au pied d’un pipe-line, les contrastes sont saisissants.
Avirons et grues portuaires, joies de la plage et chasse à la hutte.
Aires de jeux pour enfants, cabanons, et dangers répertoriés risques Seveso.

©Franck Pourcel
Préoccupations écologistes et industrielles.
La petite mer est un microcosme, ouvert à toutes les problématiques du contemporain mondialisé.
Franck Pourcel l’a explorée en tous sens, son ouvrage relevant d’un regard anthropologique non dénué d’empathie et de poésie pour les êtres qu’il représente.

Franck Pourcel, La petite mer des oubliés, Etang de Berre, Paradoxe méditerranéen, texte Jean-Louis Fabiani, édition Fabienne Pavia, Le Bec en l’air, 2006, 154 pages
https://www.becair.com/auteurs/franck-pourcel/
https://www.becair.com/produit/la-petite-mer-des-oublies/
