Ouvrez les rideaux, un conte de Jean-Benoît Puech, écrivain

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© Paul Delvaux, La gare forestière – 1960, Saint-Idesbald, Fondation Paul Delvaux

« Ma main s’enfonça dans le noir, comme celle d’un poète de peccadille ou de génie dans un fameux film fantastique, puis tout mon bras jusqu’à l’épaule, comme si la bâche du camionneur ne recouvrait rien que du vide. Je perdis l’équilibre et je tombai en avant, à l’intérieur. »

Les récits courts de Jean-Benoît Puech sont si précisément écrits, voire dessinés, voire montés, qu’on peut se demander si on les a lus ou rêvés.

Sont-ce les scènes d’un film mental, ou les étapes d’un roman à l’érotisme subtil, comme chez Alain Robbe-Grillet ou chez le peintre Paul Delvaux ?   

Dans Conte d’hiver, deuxième volume d’un cycle de quatre intitulé « Petit théâtre des saisons » – j’ai présenté récemment Le Salon d’automne -, le décorateur génial Alexandre Trauner est cité.

On pense bien sûr à Carné, à l’esthétique du pavé mouillé, au réalisme noir français.

Avec Conte d’hiver, l’auteur donne la sensation de remonter le temps, où l’on retrouve Caroline – la Caro de son précédent opus peut-être -, et de multiplier les voiles et les miroirs.

Nous sommes à Champigny-les-Tours, un homme vient de descendre un 29 décembre sur le quai de la gare, la personne qui devait l’attendre ne s’est pas présentée, le narrateur va dériver dans la nuit.

La gare RER de Champigny existe bien, ainsi que la gare SNCF de Tours, mais Champigny-les-Tours est un artefact, le fantôme d’un village.

Ce sera la danse des spectres.

Un verre de chinon est bu avec un voyageur de commerce et le propriétaire de l’hôtel où le protagoniste descend finalement.

Un protagoniste ? Non, un trait d’écriture, une silhouette, comme un acteur marchand sur un fil.

De fait, celui-ci est comédien ambulant, il joue des spectacles pour les enfants des écoles – des pièces en vers du répertoire classique -, pour la transmission du goût de la langue, pour les faire rire et méditer peut-être.

Des objets se transmettent dans la nuit ou en plein soleil – à une jolie cousine portant maillot de bain noir seyant -, et à travers le temps, c’est un porte-clés avec un petit miroir portatif.

Des décors ouvrent sur d’autres décors, la scène de théâtre sur une autres scène de théâtre, tout communique.

Il suffit de frapper à la porte du dieu Eros, à minuit.

Vous verrez, nous glisse à l’oreille Jean-Benoît Puech, forain à la Méliès, la fête ne fait que commencer.  

Jean-Benoît Puech, Conte d’hiver, Editions La Pionnière, 2026, 32 pages

https://www.lapionniere.com/livres/conte-dhiver-de-jean-benoit-puech-2

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