George Orwell, une lucidité antitotalitaire

le

« Le langage politique est conçu pour faire passer les mensonges pour des vérités, rendre les meurtres respectables et donner une apparence de solidité à ce qui n’est que du vent. » (George Orwell)

A l’heure des fake news, de la réécriture de l’histoire, de la manipulation par le langage et du technoterrorisme, l’œuvre de George Orwell est plus que jamais nécessaire.

Mort à 46 ans à Londres en 1950 de tuberculose, peu après l’édition de 1984, qui connut rapidement un succès mondial, Orwell est une figure admirable de dignité pouvant se rattacher au socialisme démocratique rejetant les voies du totalitarisme : il est dans les années 1920 anticolonialiste, dans les années 1930 antifasciste, et dans les années 1940 antistalinien.   

La publication du cinquième volume de la collection Ainsi parlait, chez Arfuyen, nous rappelle, en édition bilingue, la puissance de sa pensée, jamais dogmatique.

Orwell, né Eric Arthur Blair, n’est pas un théoricien, mais un écrivain qui réfléchit aux mécanismes du pouvoir, et à ce qui enferme, avilit – notamment par la corruption du langage – ou grandit l’humain.

En effet, qui contrôle le langage contrôle la pensée.

Sa politique est celle de la lucidité, et de la fraternité envers les moins nantis, les pauvres, les ouvriers, les chômeurs, les exploités de toutes sortes – lire par exemple Dans la dèche à Paris et à Londres (1933) et Le quai de Wigan (1937).

C’est celle de la common decency, morale des gens simples fondée sur la solidarité, la spontanéité dans l’empathie, et une sorte de « droiture silencieuse » (Thierry Gillybœuf).

Engagé durant la Guerre d’Espagne du côté du POUM (Parti ouvrier d’unification marxiste), blessé à la gorge en Aragon, il comprend la violence enragée des communistes staliniens envers des courants socialistes et anarchistes pouvant réduire leur influence – lire Hommage à la Catalogne (1938). 

Mais lisons quelques-unes de ses phrases justes et percutantes – le volume comporte 265 citations.

N°16 du recueil : « La beauté est dépourvue de sens tant qu’elle n’est pas partagée. »

N°19 : « Le fait est qu’on ne peut s’empêcher de vivre selon le mode de vie correspondant à ses revenus, ni de souscrire à l’idéologie qui lui correspond. »

N°25 : « Cette vie que nous menons de nos jours ! Ce n’est pas la vie, c’est de la stagnation, une mort-dans-la-vie. Regardez toutes ces foutues maisons et les gens insignifiants qui vivent à l’intérieur ! Je me dis parfois que nous sommes tous des cadavres. Qui nous décomposons sur pied. »

N°45 : « Nous vivons dans un monde dans lequel personne n’est libre, dans lequel pratiquement personne n’est en sécurité, dans lequel il est presque impossible d’être honnêtet tout en restant en vie. »

N°50 : « La fin logique du progrès mécanique est de réduire l’être humain à quelque chose qui ressemble à un cerveau dans une bouteille. »

N°54 : « On parle généralement de l’objectif fasciste comme de l’« Etat-ruche », ce qui est particulièrement injuste pour les abeilles. Un monde de lapins dirigé par des fouines serait plus proche de la réalité. »

N°57 : « La guerre contre un pays étranger ne se produit que quand les classes aisées pensent pouvoir en tirer profit. »

N°61 : « Après tout, le fascisme n’est qu’un développement du capitalisme, et la démocratie soi-disant la plus modérée est susceptible de verser dans le fascisme quand les choses se gâtent. »

N°63 : « Quand on rencontre quelqu’un en chair et en os, on réalise immédiatement que c’est un être humain et non une sorte de caricature incarnant certaines idées. C’est en partie pour cette raison que je ne fraie guère dans les cénacles littéraires, parce que je sais d’expérience qu’une fois que j’ai fait la connaissance et parlé à quelqu’un, je ne pourrai plus jamais faire montre de brutalité intellectuelle à son encontre, même quand je pense que je le devrais, un peu comme les députés travaillistes qui se font taper dans le dos par les ducs et sont perdus à jamais. »

N°66 : « Toute la propagande de guerre, tous les cris, les mensonges et la haine viennent invariablement de gens qui ne se battent pas. »

N°73 : « Le respect le plus élémentaire de la vérité est en train de s’effondrer, non seulement dans la presse communiste et fasciste, mais aussi dans la presse libérale bourgeoise qui continue de professer les anciennes traditions du journalisme. Cela donne l’impression que notre civilisation s’enfonce dans une sorte de brouillard de mensonges où il sera impossible de découvrir la vérité sur quoi que ce soit. »

N°74 : « Il est tout à fait possible que nous entrions dans une époque où deux et deux feront cinq quand le Chef le dira. » (voir le documentaire de Raoul Peck, Orwell 2+2 = 5)

N°88 : « Les bons romans sont écrits par des personnes qui n’ont pas peur. »

N°104 : « Dans l’ensemble, les êtres humains veulent être bons, mais pas trop bons, et pas tout le temps. »

N°114 : « Le concept même de vérité objective est en train de disparaître du monde. »

N°140 : « A mon humble niveau, je lutte depuis des années contre la falsification systématique de l’histoire qui sévit de nos jours. »

N°227 : « A cinquante ans, tout le monde a le visage qu’il mérite. »

Bon, vous l’avez compris, il faut vite vous procurer cet ouvrage d’intelligence, et l’ensemble des écrits d’un auteur paraissant aujourd’hui indispensable pour la compréhension de ce qui nous asservit, donc notre possible émancipation.

Cultivons notre jardin, lisons de bons livres, aimons.

Ainsi parlait George Orwell, dits et maximes de vie choisis et traduits de l’anglais par Thierry Gillybœuf,  Arfuyen, 2025, 222 pages

https://editionsarfuyen.com/2026/01/10/ainsi-parlait-george-orwell/

https://www.leslibraires.fr/livre/24528666-ainsi-parlait-george-orwell-dits-et-maximes-de-vie-george-orwell-arfuyen?affiliate=intervalle

Laisser un commentaire