
Evocation, pastel, Odilon Redon
« Il faut nous tenir prêts pour un événement immense dans l’ordre divin, vers lequel nous marchons avec une vitesse accélérée qui doit frapper tous les observateurs. Des oracles redoutables annoncent déjà que les temps sont arrivés. » (Joseph de Maistre)
Nous avons perdu pour la plupart d’entre nous toute forme de rapport avec la centralité, ou le sacré, ou la transcendance rappelant le divin bien.
Nous errons.
Où est le point qui nous relie à ce qui nous fonde ? dans quelle bouche trouver le glaive des prophètes ? qui possède la langue d’or unissant immédiatement la terre et le ciel ?
Qui continue en lui la recherche de René Daumal gravissant le Mont analogue ?
Dans un texte lumineux repris par les éditions Allia, Le Roi du Monde, le métaphysicien et ésotéricien René Guénon livre une réflexion profonde sur l’autorité spirituelle suprême reliant, à travers les traditions spirituelles dont il est un fin connaisseur et passeur (christianisme, soufisme, hindouisme, Kabbale…), les humains à ce qui ne cesse de les accompagner, jusque dans leur aveuglement, soit une incandescence originelle se confondant avec le flamboiement de la vérité (shekinah).
Publié une première fois en 1927, Le Roi du Monde évoque ainsi la présence constante, mais souvent oubliée, d’un centre initiatique auquel nous sommes reliés, qu’il soit intérieur, ou extérieur, ainsi l’Agarttha de la tradition hindouiste.
L’enjeu, lorsque nous nous recueillons, ou méditons, n’est-il pas de rejoindre ce royaume souterrain, qui est de plein jour comme de nuit, évident de clarté et de retrait ?
Il y a certes des endroits spécifiques – Delphes ou Lhassa par exemple – plus chargés de Présence que d’autres, et des objets remarquables (menhirs, pierres noires, omphalos, bétyle …), mais au fond l’Intelligence cosmique ou le Législateur primordial peut se révéler dès que nous opérons l’ascèse du retournement du regard permettant de créer un pont entre le monde sensible et le suprasensible.
René Guénon appelle cela l’initiation chevaleresque ou le symbolisme de l’Amour (lire son ouvrage L’Esotérisme de Dante).
Le roi se doit d’être prêtre, comme le médecin, garants de l’harmonie extérieure/intérieure induisant équilibre, paix, justice.
Le Roi du Monde n’est pas seul, il y a des intermédiaires célestes, des anges – ainsi Metraton/Henoch -, des messagers.
Nous les croisons parfois sans nous en rendre compte, il faut être, pour en recevoir la grâce, disponible, très heureux, très malheureux, ou simplement chanceux.
Le Paradis n’est pas là-bas, mais ici et maintenant quand se fissurent les cœurs de pierre par le pouvoir d’une rosée de lumière.
Satan et Dieu ne doivent pas être opposés, ils sont complémentaires, l’un révélant l’autre, le mal naissant de leur confusion.
La quête du Graal symbolise la recherche d’une unité, et du diamant perdu, une émeraude, à retrouver, résultant de l’éveil de notre conscience par le troisième œil activé.
Quitter le domaine du temporel et de la corruption pour une relation directe avec le centre suprême – on peut l’appeler Melchisédech, ou Manu -, dont les secrets étaient autrefois enseignés dans les écoles de mystères.
Le corps est convoqué, la pierre cubique ou luz se situant du côté du sacrum (sacré), en un espace où s’enroule le serpent de la Kundalinî, foyer du réveil de tout l’être.
J’ai conscience du caractère abscons de ces phrases, mais il faut lire René Guénon, et l’ensemble de la tradition gnostique pour en approcher les incroyables feux.
Et basculer.
Vous désespérez de l’époque ? Rien de plus normal, nous sommes dans l’ère du Kali-Yuga (ou Ténèbres), auquel succèdera un nouvel Age d’or – loi du cycle des époques -, donc aucune inquiétude.
Tout va bien, Sire.

René Guénon, Le Roi du Monde, éditions Allia, 2026, 144 pages
https://editions-allia.com/fr/auteur/502/rene-guenon
