Il faut cultiver son jardin, par Cees Nooteboom, écrivain hollandais

« L’année dernière, après avoir traversé le désert d’Atacama, dans le nord du Chili, j’ai décidé de planter plusieurs cactus dans mon jardin espagnol. » Plusieurs mois par an, depuis plus d’un demi-siècle, Cees Nooteboom rejoint son ermitage enchanté de l’île de Minorque, dans le village de San Luis, cultivant son jardin, l’observant, le considérant…

L’équilibre comme métaphysique, par Pentti Sammallahti, photographe

Héritier de Cartier-Bresson, mais avec une pointe d’humour nordique très tendre, le Finlandais Pentti Sammallahti capture en ses photographies noir & blanc des instants d’équilibre, entre l’homme et l’animal, l’homme et le paysage, les animaux entre eux. Emane de son esthétique une grâce immédiatement reconnaissable, une harmonie, une beauté participant d’un éloge du vivant en…

Un certain goût de la vie, par La Fabrique de Méditerranée

« On ne fait pas mûrir les olives plus vite ! » Dans Eloge de la pensée de midi (Actes Sud, 2007), Thierry Fabre déploie cette image née de la pensée d’Albert Camus, « la pensée de midi ». Issue de la « gaieté fataliste » d’un Nietzsche à laquelle il faut associer la pugnacité…

Une romance russe sans parole, par Olivier Marchesi, photographe

« Un rêve, c’est moins / Qu’un pli de dix grammes. » (Marina Tsvetaieva) Ce n’est pas un pays, c’est une buée. Ce n’est pas une abstraction, c’est une densité géniale et tourmentée. Voici la Russie, terre d’impossible où l’alcool et la nostalgie sont les adjuvants naturels de la foi et de la folie. Pour…

Patrick Bouchain, anarchitecte pour tous

Le titre du livre L’architecture comme relation (Actes Sud, 2018) n’est pas neuf, mais il importe de rappeler cette évidence quand le désir d’architecture s’origine uniquement dans l’ego. Prisonnier de sa fatuité, tel n’est pas Patrick Bouchain, dont le travail est un éloge des fraternités discrètes et des bricolages identitaires portés par des structures les…

Magnum Chine, une tectonique des plaques

La valorisation des archives de l’agence Magnum est une activité à plein temps, et hautement légitime sur un plan historique en dehors des pures préoccupations financières. Alors, quand arrive la perspective de Noël, qui se prépare des mois voire des années en avance, arrive aussi l’occasion d’un nouveau grand brassage monographique ou thématique, par exemple…

Possession, dépossession, repossession, l’acte photographique par Eikoh Hosoe

Après Nobuyoshi Araki, Daido Moriyama et Shoji Ueda, Eikoh Hosoe, quatre-vingt-deux ans, est accueilli dans l’indispensable collection Photo Poche (n°154). Créateur en 1959 avec Ikko Narahara et Shomei Tomatsu de l’agence Vivo, qui va bouleverser les lignes dominantes de la photographie japonaise par sa radicalité formelle et sa volonté de se confronter à la modernité…

L’image, le mal, le salut peut-être, par Jérôme Ferrari, écrivain

« Il fallait reconnaître que la plupart des instants ne méritaient guère d’être miraculeusement arrachés à leur caducité. C’est seulement quand arriva le mois d’août 1979 qu’elle prit, presque malgré elle, la première photo qu’elle jugea digne d’être conservée. » Il y a dans l’œuvre de Jérôme Ferrari une interrogation permanente sur la force des images et…

Du théâtre comme enlacement et guérison, par Pippo Delbono

« Dans la vie, il y a des moments de théâtre tellement extraordinaires que mes yeux n’arrivent pas à s’en détacher. Je me souviens d’une longue nuit en Namibie, assis sur un banc à regarder les animaux qui venaient boire puis repartaient. Les éléphants venaient et repartaient. Ensuite, les girafes venaient et repartaient. De curieux écureuils…

Des festins sauvages, ou la générosité critique de Frédéric Jacques Temple

J’ai passé tout l’été à piocher dans les savoureux Divagabondages (Actes Sud, 2018) du critique, poète et romancier Frédéric Jacques Temple, livre regroupant des articles, chroniques, vignettes, notes, textes généralement courts écrits entre 1945 et 2017. Frédéric Jacques Temple, c’est un regard généreux porté sur des artistes suivis pendant des années, un témoignage majeur sur la…

Dans les yeux des chiens, par Anna Maria Ortese, écrivain majuscule

« Quand je suis née, l’univers était encore visible. Dans ce sens-là, ma génération, celle de la Première Guerre mondiale, a été vraiment privilégiée par rapport aux suivantes. Aujourd’hui, on en sait davantage sur l’univers, mais celui-ci est caché par la prolifération des œuvres et des actions humaines. Par « univers », je veux parler des innombrables cortèges…