Patrick Bouchain, anarchitecte pour tous

Le titre du livre L’architecture comme relation (Actes Sud, 2018) n’est pas neuf, mais il importe de rappeler cette évidence quand le désir d’architecture s’origine uniquement dans l’ego. Prisonnier de sa fatuité, tel n’est pas Patrick Bouchain, dont le travail est un éloge des fraternités discrètes et des bricolages identitaires portés par des structures les…

Magnum Chine, une tectonique des plaques

La valorisation des archives de l’agence Magnum est une activité à plein temps, et hautement légitime sur un plan historique en dehors des pures préoccupations financières. Alors, quand arrive la perspective de Noël, qui se prépare des mois voire des années en avance, arrive aussi l’occasion d’un nouveau grand brassage monographique ou thématique, par exemple…

Possession, dépossession, repossession, l’acte photographique par Eikoh Hosoe

Après Nobuyoshi Araki, Daido Moriyama et Shoji Ueda, Eikoh Hosoe, quatre-vingt-deux ans, est accueilli dans l’indispensable collection Photo Poche (n°154). Créateur en 1959 avec Ikko Narahara et Shomei Tomatsu de l’agence Vivo, qui va bouleverser les lignes dominantes de la photographie japonaise par sa radicalité formelle et sa volonté de se confronter à la modernité…

L’image, le mal, le salut peut-être, par Jérôme Ferrari, écrivain

« Il fallait reconnaître que la plupart des instants ne méritaient guère d’être miraculeusement arrachés à leur caducité. C’est seulement quand arriva le mois d’août 1979 qu’elle prit, presque malgré elle, la première photo qu’elle jugea digne d’être conservée. » Il y a dans l’œuvre de Jérôme Ferrari une interrogation permanente sur la force des images et…

Du théâtre comme enlacement et guérison, par Pippo Delbono

« Dans la vie, il y a des moments de théâtre tellement extraordinaires que mes yeux n’arrivent pas à s’en détacher. Je me souviens d’une longue nuit en Namibie, assis sur un banc à regarder les animaux qui venaient boire puis repartaient. Les éléphants venaient et repartaient. Ensuite, les girafes venaient et repartaient. De curieux écureuils…

Des festins sauvages, ou la générosité critique de Frédéric Jacques Temple

J’ai passé tout l’été à piocher dans les savoureux Divagabondages (Actes Sud, 2018) du critique, poète et romancier Frédéric Jacques Temple, livre regroupant des articles, chroniques, vignettes, notes, textes généralement courts écrits entre 1945 et 2017. Frédéric Jacques Temple, c’est un regard généreux porté sur des artistes suivis pendant des années, un témoignage majeur sur la…

Dans les yeux des chiens, par Anna Maria Ortese, écrivain majuscule

« Quand je suis née, l’univers était encore visible. Dans ce sens-là, ma génération, celle de la Première Guerre mondiale, a été vraiment privilégiée par rapport aux suivantes. Aujourd’hui, on en sait davantage sur l’univers, mais celui-ci est caché par la prolifération des œuvres et des actions humaines. Par « univers », je veux parler des innombrables cortèges…

Grande-Bretagne, un petit pan de briques roses,  par Géraldine Lay, photographe

Chacun se souvient peut-être du film d’Alfred Hitchcock North by northwest (1959), La Mort aux trousses. Cary Grant y joue le rôle d’un publicitaire new-yorkais, Roger Thornhill, pris par erreur par des malfaiteurs pour l’espion George Kaplan. Le réalisateur britannique s’amuse des identités, jusqu’au vertige. Qui est qui ? Sur le vaste plateau de cinéma que…

La drôlerie de l’humaine condition, par Richard Kalvar, photographe

Né à Brooklyn en 1944, installé à Paris, Richard Kalvar, cofondateur en 1972 de l’agence Viva, intègre en 1975 l’agence Magnum. Son travail est étonnant, drôle, profondément humain sans mièvrerie. Abusivement assimilé au mouvement de la street photography, Richard Kalvar pose sur le monde un regard facétieux, plus proche de la mise en scène que…

Connaissons-nous nos masques ? par Cees Nooteboom et Rüdiger Safranski

J’avais bien mille vies et je n’en ai pris qu’une fait partie de ces livres que l’on prend grand plaisir à ouvrir au hasard et picorer, dans la certitude que du moindre grain l’on fera un festin. Pourquoi se contenter d’une seule vie ? d’une seule linéarité ? Pourquoi ne pas se laisser réinventer régulièrement, n’importe quand,…