La peinture comme désir, par Yannick Haenel, écrivain

La Mort de Sardanapale, 1827, 3,9 x 4,9m, Eugène Delacroix Pour Baudelaire célébrant Delacroix le poëte en peinture – contre Hugo l’académicien – dans son fameux Salon de 1846, le tempérament, voluptueux, violent, voire la naïveté géniale, est le secret de la préservation de l’âme. « Delacroix, écrit-il, est le seul aujourd’hui dont l’originalité n’ait pas…

Une logique au chaos, Paul Klee, par Stéphane Lambert, écrivain

« Paul Klee écrivait de la main droite et peignait de la main gauche. Une légère distorsion fait trembler la ligne d’horizon sur laquelle nous marchons. Le trait ouvre une porte dans la couleur. Qui allume une énigme dans la raison. En chaque témoin, il y a un devin qui dort. L’œuvre, elle, demeure un chemin…

Tombeau de Roche, voisin et ami, par Karine Miermont, écrivain

5 août 1997. Sète, Pierre Soulages © Denis Roche Pour comprendre le projet littéraire de Karine Miermont à propos de l’écrivain et photographe Denis Roche, il faut aller à la dernière page de son livre de témoignage vagabond, Marabout de Roche : « Les jours se succèderaient comme dans nos vies, il y aurait des pensées, des…

Ecrire l’homosexualité, par Marcel Proust, jeune écrivain

Jeune homme nu assis, 1855, Hippolyte Flandrin « Pour relever avec ma bouche le coin de vos lèvres, je donnerais ma vie. » (Marcel Proust, 25 ans) On a longtemps cru à la fable d’un double Proust, d’abord le mondain, le salonnard, l’homme des frivolités et des badinages de la conversation, ensuite l’écrivain, solitaire, sérieux, sorte d’empereur…

Papiers recollés, par Jacques Drillon, écrivain

« Les inversions. Pour Colette, les femmes sont des « chics types ». son premier mari, Willy, c’est « La Doucette » ; son deuxième, Bertrand de Jouvenel, c’est « La Sultane » ; son troisième et dernier mari, Maurice Goudeket, a une « peau de satin ». » (Jacques Drillon) Dans l’histoire de la littérature mondiale, il y avait A l’ombre des jeunes filles en fleurs…

Vers l’unité originelle, par Hermann Hesse, écrivain

« Mais l’homme n’a pas le monopole de l’écriture. On peut très bien écrire sans mains, sans plume, sans pinceau, sans papier ni parchemin. Le vent, la mer, le fleuve et le torrent écrivent. Les animaux écrivent. La terre écrit quand elle plisse le front quelque part et barre ainsi la route à un fleuve, balaie…

Poétiques et micropolitiques des écritures singulières, par la revue If

©Laurent Eisler Revue des Arts et des écritures contemporaines, If, fondée par Liliane Giraudon, Henri Deluy et Jean-Jacques Viton, en est déjà à son cinquantième numéro. Dirigée par Hubert Colas, cette publication marseillaise semestrielle est devenue l’un des lieux les plus réjouissants de l’art contemporain, l’humour et l’esprit de jeu, voire d’enfance, n’y étant pas…

Parme, théâtre des souvenirs, par Michèle Lesbre, romancière

« Mon voyage se transformait, le théâtre l’avait envahi. » Il me faut aller en Italie, plusieurs fois par an, par mois, par semaine, par jour. Il me faut des cartes routières, les détails des horaires des trains et des avions, des adresses d’hôtels et d’appartements. Il me faut à chaque instant, c’est le plus simple, la…

Manet, dans l’étendue du Temps, par Marc Pautrel, écrivain

Marc Pautrel est un portraitiste de grand talent. Après ceux du cinéaste Ozu (2015), de Blaise Pascal (2016) et de Jean-Siméon Chardin (2017), voici le portrait de Manet par-delà la mort, par-delà les massacres du 4 décembre 1851 et le fleuve de sang de la Commune de Paris. La société est assassine, qui connaît les…

Nicolas de Staël, le feu, l’offrande, l’épuisement, par Stéphane Lambert, écrivain

Paysage de Vaucluse, 1953, Nicolas de Staël « Il s’était dit lui aussi qu’il n’avait fait que cela dans sa vie, peindre des temples, concevoir des offrandes aux dieux (à l’amour), des zones de recueillement entre l’ici et l’ailleurs » Stephane Lambert s’intéresse aux artistes porteurs d’un feu intérieur, aux regards incandescents, aux existences brûlées. En écrivant…

Le Messie vaincra, par François Meyronnis, écrivain

« Finie, toute soumission au règne utilitaire. » Il existe des royautés secrètes. Le dernier venu porte toujours le visage du Christ, c’est un messager dont nous ignorons, par paresse, négligence, aveuglement, veulerie, les pouvoirs, et qui se méconnaît généralement lui-même. Il y eut à Paris un saint mourant de faim, vacillant pour une dernière fois le…