Un roi enchaîné à ses boucles, Alain Bashung par son épouse, Chloé Mons

 

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© Chloé Mons

« Je lui ai dit que l’amour était comme un collier gravé sur la peau à tout jamais. »

Alain Bashung est mort il y a dix ans, il a dix ans, et ne cesse de grandir.

Son épouse, sa Sulamite entourée de lis, Chloé Mons, a tenu un journal de deuil. Il est paru une première fois en 2012, est republié aujourd’hui accompagné de photographies de son auteure.

C’est une nouvelle déclaration d’amour.

La mort a pris le corps, mais ne peut rien contre les voix enlacées.

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© Chloé Mons

Vérité de la vanité, ne pas mourir de la mort, la saluer pour ce qu’elle est, et prendre la poudre d’escampette dans les contre-allées d’un temps qui ne doit rien à celui de l’horloge arrêtée.

En couverture de Let go, il y a des santiags en croco rose, des sacs plastiques, des CDs posés sur le sol, tout un fatras, la vie.

Ce sont des objets bien réels flottant désormais dans un monde fantôme.

Lorsque Chloé Mons aura rejoint madame Muir de l’autre côté du miroir, la belle Lucy lui donnera la main, la posant de nouveau dans celle de son bien-aimé, tout sera alors en ordre pour très longtemps.

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© Chloé Mons

Il y aura une maison avec une grande baie, des instruments de musique, une enfant, des oiseaux bleus et rouges, ils seront heureux.

Alain est à l’hôpital, le cancer joue au flipper, chaque geste, chaque mot, chaque son prend alors valeur d’éternité.

« J’avais des disques. J’ai mis Roy Orbison You Got It. Il a fermé les yeux de plaisir, et on se serrait la main. Après le premier titre, il m’a dit « la plus belle chanson du monde », et on dansait un peu sur son lit.

Ensuite, je me suis allongée sur lui, la tête dans son cou, et ensuite la tête sur son cœur. Pendant environ une heure et demie, on est restés comme ça, tout en écoutant Richard Hawlay et Jerry Lee Lewis. En entendant le piano de Jerry, il a bougé une jambe pour danser et il a fait un geste de jouer du piano. Sourires, rires, souvenirs.

J’étais si bien sur son cœur. J’embrassais son torse, sa bouche, tout, et lui, quand il en avait la force, il passait sa main dans mes cheveux. »

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© Chloé Mons

L’écriture juste est un amer, une preuve d’amour, une nef traversant la tempête.

Peurs, adieux, délires, raisons, passage insupportable et doux.

« La mort est comme une naissance. On dit « délivrance » pour les deux. Je ne comprenais pas ce mot pour la mort avant de vivre ce moment. »

Il y a des signes, des souffles d’énergie, la cocasserie de l’existant, la présence de l’aimé autrement.

Passe un lapin en laisse.

Les morts veillent aussi sur les vivants, ne pas l’oublier.

Arrive l’instant de l’inhumation.

Des hommes en noir.

Dans la foule, tout près, les amies, Laura, Anne-Lise.

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© Chloé Mons

Le rituel donne de la force, c’est celle des fleurs les plus simples.

Le silence s’impose, il bruit de mots et de pensées intenses.

« Que dire sur toi ? Comment choisir les mots, paradoxalement, nous qui aimions naviguer des heures dans le silence. Un silence comme un monde entier, rempli d’amour, de recherches, de voyages intérieurs, de connivences mystérieuses, d’étrangeté.»

Tout s’agite dans l’inutile.

Ne vivre que pour l’amour, la beauté, la création.

Let go ne clôt rien, transmet, ancre, ouvre.

Let go est un pouf superbe rempli d’âme, de souffle, de coquelicots graves et légers.

Let go, chante Alain Bashung.

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Chloé Mons, Let go, textes et photographies de Chloé Mons, Mediapop Editions, 2019, 96 pages

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Se procurer Let go

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