Un bébé, le soleil, la solitude d’une mère, par Véronique L’Hoste, photographe

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©Véronique L’Hoste

« Je peux enfin dormir un peu. Je me réveille et je ne me retrouve plus dans mon entièreté. Que m’est-il arrivé ? Dans un petit lit juste en face de moi, il y a un braillard. Un être sorti de mon corps que je ne reconnais pas : ‘Qu’est-ce que ce bébé fait chez moi ?’ » (Véronique L’Hoste)

La maternité est une folie, trop peu dite.

©Véronique L’Hoste

On nous vend l’idylle, l’amour universel, la fusion extatique, quand la réalité est souvent bien différente – lire La Femme brouillon, d’Amandine Dhée, La Contre-Allée, 2017.

Angoisses, manque de sommeil, perte de repères, sentiments ambivalents, complexité, solitude.

Responsabilité.

Force et précarité nouvelles.

©Véronique L’Hoste

C’est que les bébés, chers futurs parents, ne sont pas livrés avec une notice.

Quatrième livre des éditions Orange Claire (Metz) Devour est un documentaire photographique de la plasticienne performative Véronique L’Hoste se présentant sous la forme d’un livre-objet à manipuler, réinventer, déplacer – un simple élastique amovible retient les pages.

Il s’agit, dans une matière très belle, blanche ou de superpositions de couleurs, de l’exploration d’une psyché troublée, remettant en question l’idéologie de la maternité forcément radieuse.

©Véronique L’Hoste

Publié en format vertical sous surcouverture plastique brillante imprimée, et fermée avec un scratch, Devour est un livre en équilibre instable métaphorisant les bouleversements intimes d’une jeune mère.

« Le travail photographique que vous, lecteur, tenez entre vos mains est remarquable, écrit en postface Stéphanie Thomas, auteure chez JC Lattès en 2021 de Mal de mères, car il montre comment L’Hoste l’artiste est venue au secours de Véronique la mère. »

Bébé est arrivé, il occupe tout l’espace, il impose son rythme, ses nécessités biologiques, physiques, psychiques.

©Véronique L’Hoste

Les cheveux blonds tombent sur le visage, dissimulent les yeux de la mère.

Qui est-on depuis que le petit bonhomme est là ? Qui est vraiment sa maman ? Qu’est-elle devenue ?

Le fenouil aide-t-il la lactation ? Que disent les manuels ?

De quelle planète provient ce drôle d’être si beau portant une couche blanche ?

Chorégraphie des draps défaits et du corps qui se tourne.

©Véronique L’Hoste

La mise en scène interroge le mystère d’apparition, que l’on soit un monstre vagissant ou un demi-dieu auréolé de bruyère.

Les pages ne sont pas fixes, on peut inventer des associations, des chemins de compréhension, mais l’énigme de la vie échappe à toutes les mesures des pédiatres.

L’enfant au teint nordique se tient debout, c’est déjà un colosse, et c’est lui qui bientôt portera sa mère.

Fusion, dissociation.

Symétries, anarchie.

©Véronique L’Hoste

L’éducation n’est-elle pas processus d’imposition de masques sociaux ?

Le sauvage se libère, comme une poussée d’asperges aux antennes extraterrestres faisant des trous dans un carton.

Il faut se laver.

Il faut manger, ingestion, digestion éjection.

Il faut apprendre les codes de la propreté.

Il faut lutter – contre les maladies.

©Véronique L’Hoste

Dans son parcours du combattant, bébé bouscule maman, mais ses premiers dessins seront immanquablement vécus comme le signe d’un génie précoce.

Et la féminité dans tout ça ? la sexualité ?

Et l’autre, le père ? ou l’autre mère ?

« J’ai également intégré à ma série, conclut Véronique L’Hoste, des captations du film Sunshine de Danny Boyle. C’est l’histoire d’astronautes envoyés en mission pour sauver le soleil. Ils vont être tellement happés par cette lumière qu’ils vont faire abstraction d’eux-mêmes pour que l’humanité vive. Ces images font justement écho à ce bouleversement psychique et physique de l’adulte qui devient parent et qui s’oublie pour le bien-être d’un autre. »

La naissance de son enfant serait le plus beau jour de la vie d’une femme ?

On lira pour s’en convaincre, ou pas, le texte drôle et tendre de l’écrivaine Anne de Rancourt dans ce livre vrai et inventif, éminemment féminin, édité par Claire Jolin.

Véronique L’Hoste, Devour, livre-objet dessiné par Claire Jolin, postfaces Véronique L’Hoste, Stéphanie Thomas, Anne de Rancourt,Les éditions Orange Claire, 2023, 88 pages – 400 exemplaires

©Véronique L’Hoste

https://www.les-editions-orange-claire.fr/livre/devour/

©Véronique L’Hoste

https://www.veroniquelhoste.fr/

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