
©Noémi Pujol
« Et dans ce dédale d’incongruités se terre tout une mythologie des apparences, au pied des enchantements desquels nous déposons les armes. Pour une illusion juste ou juste une illusion ? » (François Wastiaux)
Après Parage (2021) et Avant l’écho (2022), Arnaud Bizalion Editeur publie un troisième livre de l’autrice Noémi Pujol, Tempo.
Ces ouvrages, dont le noir et blanc granuleux et la matière onirique des images semblent l’effet d’un sténopé, se prolongent, se complètent, mêlent leurs énigmes et errances.

©Noémi Pujol
En exergue, une citation de Julien Gracq dit tout : « … des lacs d’images calmes et composées pris dans le réseau des bois comme des rêves dans le tissu du sommeil. » (« Chemins et rues », Nœuds de vie, Editions Corti, 2013)
La vie s’écoule dans le théâtre des rues, immobiles et mouvantes.
Des silhouettes passent, protégées par la pénombre, alors qu’il fait déjà très chaud et que les ombres sont orwelliennes.
La nuit est griffée, on ne sait pas trop ce que l’on voit parfois, alors que se nouent des intrigues muettes entre l’espace et le temps.

©Noémi Pujol
C’est un tango subtil, un air de bas-fond qui est une noblesse d’âme, une échappée sans précipitation.
On aimerait atteindre ces figures belles et énigmatiques sur la page, mais elles s’éloignent toujours dans la pulvérulence chimique de leur première apparition.
Dans le train entre Paris et Porto, il y a des sensualités étranges, des corps furtifs propices aux fantasmes.
On se parle, on s’attend, on se danse.
La photographe est à Hong Kong, dans le Poitou, à Naples, à Istanbul et à Tbilissi, partout où se joue une comédie humaine sans véritable drame.

©Noémi Pujol
Attentive à la façon dont les corps occupent un territoire donné, le regard de l’artiste est cinématographique, d’essence antonionienne.
C’est le ballet des apparences, nymphes urbaines vues de dos, passage plein de grâce des derniers vivants.
Les espaces que contemple Noémi Pujol sont métaphysiques, à la façon des peintures de Giorgio De Chirico ou des petits maîtres de l’école de peinture romaine des années 1950.
Des fictions se jouent, dont nul ne peut déceler les véritables enjeux.
Nous sommes au bord des rives, au bord des murs, au bord d’un mystère fondamental.
Franchissements, seuils, parcours.

©Noémi Pujol
Les figures que saisit l’artiste dans son boitier de vision sont peut-être déjà mortes.
Où vont donc tous ces marcheurs dans la cendre du temps ?
Ne seraient-ce pas des spectres ?
Tempo ne cartographierait-il pas, troisième volume d’un triptyque peut-être en expansion, quelque chose comme les limbes ?

Noémi Pujol, Tempo, textes Arnaud Bailleul et François Wastiaux, graphisme et maquette Jérémie Le Maoût, Arnaud Bizalion Editeur, 2024
https://www.arnaudbizalion.fr/accueil/192-tempo-noemi-pujol.html