The pencil of mind, and nature, par Dominic Turner

©Dominic Turner

Il y a beaucoup d’échelles dans False friends, de l’Irlandais Dominic Turner.

Elles indiquent un sentiment d’élévation, la recherche d’un chemin intérieur, une possibilité de s’échapper.

Elles sont aussi, dans l’histoire de l’art photographique, les petites sœurs de celle qu’a photographiée l’inventeur du calotype William Henry Fox Talbot, montrée dans le livre pionnier The pencil of nature (1844) – lire à ce propos l’essai de Jean-Christophe Bailly, L’instant et son ombre (Seuil, 1988).  

©Dominic Turner

On entre dans False friends – couverture entoilée bleue, papier épais mat, belles marges de blanc – comme dans une forêt obscure avec le sentiment d’une initiation.

On glisse sur des roches, on lève les yeux, et l’on découvre un serpent de lumière.

L’horizon est fait de crêtes montagneuses, Dominic Turner dessine en nuances de gris au fusain de l’objectif, ses noirs étant très denses, très profonds.

Il y a de l’enchantement dans False friends, et même une sorte de ravissement dans l’égarement, la désorientation, la perte de repères géophysiques.   

©Dominic Turner

Nous sommes redevenus des cellules flottant dans le ventre de l’univers, des ovules percutés par un navire oblong.

Ça chante dans les ténèbres, ça sort des cavités pierreuses, ça sinue au bord des falaises.

False friends relève du domaine du conte.

Il y a la photographie de prose – tout ce qui participe au fond du documentaire -, et la photographie de poésie, dont relève l’esthétique de Dominic Turner, soit une façon d’explorer le mystère des apparences et de ne pas considérer le visible comme une évidence.

L’artiste cadre des signes, une enceigne craquelée (California), une noble dame, vue de dos – le noir a englouti sa tête – en robe d’apparat, un plongeur, une église de campagne sauvée des ronces.

©Dominic Turner

False friends est composé de présences énigmatiques, de silhouettes presque monstrueuses.

Voiture abandonnée, ciel de tourmente, cathèdre trônant dans un halo de lumière.

La fête est-elle finie ou commence-t-elle ?

La solitude est prégnante, comme le silence, ou l’incommunicabilité.

C’est qu’il faut construire un dialogue plus intense, plus intérieur, que conversation d’humains, et entrer en résonnance intime, avec des formes, des lettres, des oiseaux, des constellations.

©Dominic Turner

Sans nul doute, Dominic Turner est de la famille des artistes publiés en Norvège chez Skeleton Key Press, conscients que l’acte photographique n’est jamais très loin de la pratique d’une capture de fantômes.

False friends comporte 51 images, soit le chiffre unissant le terrestre au divin.

Dominic Turner, False friends, Exhibit a publishing (XA), 2023 – 750 copies

©Dominic Turner

https://www.dominicturner.ie/

©Dominic Turner

https://www.dominicturner.ie/books/false-friends

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