Une traversée, par Gilles Roudière, photographe

©Gilles Roudière

Qu’a donc vu, perçu, ressenti Gilles Roudière à Chartres-de-Bretagne lors de ses différents séjours entre 2023 et 2024 ?

Invité par la galerie municipale Le Carré d’Art, le photographe français s’est fait tout petit, peut-être un peu oiseau, travaillant humblement à l’exploration d’un territoire rural/périurbain abordé comme une mosaïque de signes.

Il y a dans sa pratique artistique du don/contre-don : ne rien capturer, voler ou extorquer, mais savoir recevoir, peut-être davantage avec le cœur qu’avec les yeux, dans une sorte d’absence à soi-même, comme si l’on était une chambre d’écho à la fois minuscule et vaste.

©Gilles Roudière

Publié à Nantes par Sur la Crête éditions, l’ouvrage se présente comme un livre indépendant sis dans un emboitage cartonné reproduisant l’image d’un échassier dans le ciel, forme noire recouverte de matière pulvérulente – Gilles Roudière utilise le noir et blanc argentique, en faisant de la chimie des grains de sel inhérents au tirage une alliée dans sa poétique photographique.

Par le choix de vignettes imprimées sur fond blanc, alternant avec quelques pleines pages ou doubles pages, Détours doit se regarder avec attention, comme s’il s’agissait de pencher l’oreille pour écouter un secret.

La réalité se confond ici avec l’imaginaire, le fonds légendaire, les robinsonnades, et l’histoire de l’art – l’ombre d’une échelle sur un mur fait songer au livre pionnier de William Henry Fox Talbot, The Pencil of Nature.

On écarte des enchevêtrements végétaux, on passe de l’autre côté du miroir : on tombe sans chuter, on est un chien rebondissant sur une toile d’araignée.

©Gilles Roudière

Il fait orage, il fait temps à la Corot, il fait présence animale – brebis, batraciens, hérons, hirondelles, oies, poissons, cheval, poule, chien.

Tiens, voici une pelle luminescente, peut-être abandonnée quelques instants par un fossoyeur haïtien.

Le minimalisme géométrique – goût pour la façon dont s’agencent les formes – construit un espace métaphysique où la géographie/géologie se fait porche vers une sorte d’outre-monde.

On navigue à vue, les images de petite taille flottent sur la page, ce sont des îlots de sens puissants et précaires.

©Gilles Roudière

Une chaise nous attend depuis longtemps sur un coin de ferme, mais prendrons-nous le temps d’enfin nous arrêter pour y déposer notre joie comme notre mélancolie ?

Une hirondelle repasse, Caroline Bénichou fait à travers le corpus de son ami l’éloge de l’ailleurs dans le quotidien – lire la postface -, nous sommes embarqués, et dérivons avec bonheur dans la cosa mentale d’un artiste regardant chaque chose comme un mystère.

Gilles Roudière, Détours, postface de Caroline Bénichou, Sur la Crête éditions, 2025 – 300 exemplaires

http://www.galerielecarredart.fr/

https://editionsurlacrete.com/

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