
©Melanie Schoeniger
Pourquoi attendre ?
Il faut aller au Paradis de notre vivant, se disposer à la félicité, ne pas craindre l’envol.
L’Eden est le sujet du livre de la photographe allemande Melanie Schoeniger, To Paradise, son ambition, sa visée.
Se présentant sous écrin noir cartonné, cet ouvrage au papier épais – Fedrigoni Sirio Ultra Black, s’il vous plait – se compose de planches imprimées à l’encre argentée, qui sont comme des entrées dans un monde de paix, la nature y étant omniprésente.
To Paradise est un ouvrage puissant et intime, où la sensibilité s’exprime en flux de vibrations.

©Melanie Schoeniger
Nous sommes au cœur du vivant, des nuages, des végétaux, des eaux, des roches.
On marche calmement, des fleurs de lotus poussent sous nos pas, Bouddha est un frère fidèle qui ne nous abandonnera pas.
To Paradise est silencieux, noble, solennel, terriblement beau dans sa délicatesse immense.
Quelques éléments sur la page noire, pas plus, une fleur fragile, de l’éphémère pour l’éternité.
L’impression est de pénétrer la psyché d’une auteure ayant atteint les rives rares de la tranquillité.
On ne respire pas trop fort, on fait attention à sa position – asana -, ou ouvre chaque page avec précaution.
Conçu à un petit nombre d’exemplaires – for the happy few, dirait Stendhal – To Paradise inspire la sérénité.
Poissons japonais, ondes, secrets du chaos primordial.
Il y a des triptyques – à déplier – donnant la sensation de vivre dans quelque havre tropical.
En son editing très serré, et de grande cohérence formelle, To Paradise est un huis-clos relevant du monde parfait.

©Melanie Schoeniger
Il faut des palissades au Paradis, des seuils au sacré, des degrés – à franchir – pour l’extase.
Le firmament et la surface aquatique terrestre correspondent, la géométrie est transcendante – découpe des feuilles de palmiers, organisation spontanément savante des nébuleuses -, nous ne sommes pas seuls dans l’univers.
On replace le volume – relié à la bodonienne – dans son coffret, on sait qu’il va rayonner, même fermé, sur toute la bibliothèque.
To Paradise n’est pas une fantasmagorie, c’est l’espace géographique de l’ataraxie.

Melanie Schoeniger, To Paradise, sequencing Melanie Schieniger & Tomasz Laczny, autopublication, 2024 – 50 exemplaires numérotés

©Melanie Schoeniger