Dessiner le silence, apprivoiser le noir, par Anne Gorouben, artiste

J’ai découvert le travail graphique d’Anne Gorouben grâce à Léa Veinstein, ayant choisi pour l’illustration de couverture de l’édition de sa thèse, Les philosophes lisent Kafka, Benjamin, Arendt, Anders, Adorno (Editions de la Maison des sciences de l’homme, 2019), un pastel sec sur carton intitulé Berlin W. Emu par la profondeur de silence et de…

De l’engagement personnel, par Paul-Louis Landsberg, philosophe

« Jeté dans un monde plein de contradictions, chacun de nous éprouve souvent le besoin de se retirer du jeu, de se mettre à l’écart « au-dessus » des événements, en spectateur détaché. » Décédé en 1944 dans le camp d’Oranienburg, auteur de Essai sur l’expérience de la mort (1937) et de Le Problème moral…

In lingua veritas, la langue du IIIe Reich, par Victor Klemperer, philologue, et Frédéric Joly, essayiste

J’ai mis plusieurs mois avant d’ouvrir le livre de Frédéric Joly sur le philologue et universitaire romaniste allemand Victor Klemperer, La langue confisquée. J’avais tort, c’est un livre excellent sur un auteur essentiel, ayant avec courage, précision, et obstination, noté durant tout le Troisième Reich, de Dresde où il résidait, le détournement de la langue…

Revue LITTERall, une anthologie annuelle de littératures allemandes

  En ces temps messianiques, et de tranquillité pour la planète, un peu de littérature allemande nous fera le plus grand bien. Je reçois comme un cadeau la revue LITTERall, que je ne connaissais pas, et m’empresse de la dévorer de l’intérieur de la caverne boisée où je suis reclus. Que demander de plus profond…

Ne surtout pas grandir, par Lene Marie Fossen, photographe

C’est un livre que je n’ai pu ouvrir qu’en le fermant immédiatement, tant il m’a d’abord effrayé. Un livre de peine, de mort, d’épouvante, et peut-être aussi de summum de vie dans la destruction même du corps qu’il met en scène. C’est une œuvre de la Norvégienne Lene Marie Fossen, qui, à l’âge de dix…

Les nouvelles pastorales, par Janine Bächle, photographe

Le mouvement hippie, n’en déplaise au mage noir Michel Houellebecq, fut une des meilleures choses qui soit arrivée au XXème siècle. Cheveux longs, idées longues, drogues multiples, amour libre sous les astres, autostop, recherche de sagesse, interdiction d’interdire. Rien de plus logique qu’à notre époque asphyxiée le retour à la nature fasse partie des priorités…

Ménilmontant, où repose le silence, par Thomas Boivin, photographe

J’aime les œuvres sans tonitruance, les trois fois riens, et surtout les natures mortes, ces acmés de vie. De 2009 à 2017, Thomas Boivin a photographié son appartement de Ménilmontant, dans le XXème arrondissement de Paris. Il ne le savait pas encore, mais un livre attendait de recueillir ses paysages intérieurs, publié par Homeparkpress dans…

Tennessee, pays des âmes perdues, par Mike Smith, photographe

  « I’d rather have a gun in my hand than a cop on the phone »   C’est un livre carré, de grand format, à la puissance visuelle indéniable. Chaque photographie soulève une émotion, une interrogation, des abîmes de perplexité. Nous sommes perdus, nous sommes aliénés, nous persistons dans nos douleurs, mais nous sommes…

Le gai savoir visuel de Niina Vatanen, photographe

Après Room’s Memory / Huoneen muisti (2013) et Archive Play (2014), Time Atlas est le dernier ouvrage publié chez Kehrer Verlag (Heidelberg, Allemagne) de Niina Vatanen. Poursuivant ses recherches sur la mémoire, la photographe et plasticienne finlandaise a rassemblé un impressionnant corpus d’images venues de tous horizons, bouleversant la chronologie et les repères visuels. Le…

Penser en temps de détresse, Paul Valéry, août 1933

« Les fascisme, bolchevisme et nazisme sont des idolâtries primitives à ingrédients mystiques » (XVI, 814) Dans une époque hideuse politiquement, détruisant méthodiquement le bien commun en soumettant chaque segment de réalité à la pensée calculante, lire à contretemps est une nécessité pour la vie de l’esprit. La publication d’un cahier inédit de Paul Valéry…

L’Europe capitule, par Joseph Roth, écrivain juif de langue allemande

Les premières phrases glacent parce qu’elles sont définitives, écrites au cœur de la détresse et de l’abandon, publiées en 1933 à Paris dans les Cahiers juifs n°5/6 par l’écrivain juif de langue allemande Joseph Roth (1894-1939). « Peu d’observateurs dans le monde semblent se rendre compte de ce que signifient l’auto-da-fé des livres, l’expulsion des…