En Afghanistan, avant les Talibans, par Jean Charles Blanc, photographe

©Jean Charles Blanc

« A l’autre bout du pays, assis au bord de la piste qui mène à la vallée des grands bouddhas de Bâmiyân, j’ai rencontré un derviche sans âge. Il avait l’air d’être assis là depuis des siècles. » (Jean Charles Blanc, 1963)

C’était avant la catastrophe, avant que les Talibans n’incarcèrent les femmes, les privant de visibilité publique et d’éducation selon les raisons troubles de l’obscurantisme.

Jean Charles Blanc a connu l’Afghanistan dès 1963, y vivant même deux ans – époque de monarchie parlementaire – avant d’y retourner régulièrement.

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Son livre, Chants de Rossignols, est magistral, qui présente dans un noir & blanc puissant son regard sur un pays où les femmes chantent encore des titres populaires dans les cabarets, sans se cacher.

Ponctuant son livre, des photographies de ces belles artistes, présentées en pied, de façon hiératique devant un rideau de scène, sont importantes, qui rappellent, par contraste, la barbarie présente.

Au commencement était le théâtre, le jeu, le rire, le décalage d’avec soi-même – premières images du livre situées à Hérat, non loin de l’Iran, montrant un spectacle suivi d’un show de danseuses et chanteuses.

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Quelques choses se joue sur les planches, et dans les grains de la photographie argentique, qui est un mystère d’ombres et de clartés.

Chants de Rossignol est une approche ethnopoétique d’un pays fascinant, par ses montagnes monumentales, la façon dont les habitants font corps avec leur environnement, et son opacité pour le voyageur occidental mis au questionnement.

Mieux que le temps, Jean Charles Blanc photographie la durée, la persistance des individus dans leur être, une part d’éternité.   

En Afghanistan, la musique est partout, la poésie n’a pas disparu, et l’amour est aussi génial, ivre et malheureux que partout ailleurs.

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Jean Charles Blanc ne s’interdit pas le nettement flou, comme dans Le voyage mexicain de son ami Bernard Plossu.

Chaque image de paysage donne une sensation d’immuabilité, et d’une organisation spatiale des roches relevant du chaosmos primordial.

Des chevaux, des turbans, des maisons de torchis.

Le pastoralisme, la quête de l’eau, le thé bouillant.

Présence de poussière de sable dans l’atmosphère, soleil qui se couche, matin du monde.

©Jean Charles Blanc

Des dromadaires, des caravanes, des enfants qui courent, des familles qui posent, des vêtements traditionnels.

Des pères qui étreignent très affectueusement leur enfant.

Fatigue, accablement, regards intérieurs.

Les chanteuses, apparaissant régulièrement, donnent comme la note de fond de ce corpus, telle une ballade mélancolique.

Il neige, le bazar est bien rangé, quelqu’un se fait couper la barbe.

C’est le moment du bouzkachi, comme dans Les Cavaliers de Joseph Kessel, transmis au collège par mon professeur de français à Calais, qui avait été coopérant en Afghanistan, et en gardait l’éclat dans ses silences.

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On est bien ici, même si l’on ne comprend pas tout, surtout si l’on ne comprend pas tout.

On ne retourne pas dans le passé, mais l’archive de ce livre peut constituer la base d’un rêve pour demain.  

En préface, Atiq Rahimi écrit à l’orée de son texte : « Vous avez parcouru un long chemin. »

Plus loin, maudissant l’Histoire, qui détruit : « Vous quittez cette terre éthérée. Cœur enflammé. Sac de mendiant plein d’images. »

 Sac de roi, sac de nomade, sac de voyageur sans véritable retour.

Jean Charles Blanc, Chants de Rossignols, préface Atiq Rahimi, texte Jean Charles Blanc, edited by Richard Reisen, Verlag Kettler (Dortmund), 2015 – 500 exemplaires

©Jean Charles Blanc

La version anglaise s’intitule Radio Kabul

©Jean Charles Blanc

Contacter l’auteur : safid666@gmail.com

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