Lumière des eidolons, par Frédérique Dimarco, photographe

©Frédérique Dimarco

« On sait la formation des images sur la rétine, on entend souvent / parler d’images mentales, mais qu’en est-il des images qui se dessinent / derrière nos yeux fermés, auréolées pour cause de lumière violente, étoilées / quand la tête s’est trop rapidement relevée, diffuses quand la migraine nous a / contraints à rester dans le noir ? » (Laure Samama)

Eidolons de Frédérique Dimarco, est un livre composé de paysages mauves et de teintes très douces donnant la sensation d’avoir été filtrées par un voile posé sur toutes choses.

Le voile du passé, ou, qui sait, de l’avenir.

Le voile qu’on écarte pour accéder à la pleine conscience, alors qu’on se situe encore aux franges d’un basculement irrémédiable.

©Frédérique Dimarco

Dans l’outre-monde, dans l’éveil, dans l’être.

On nage dans un banc de poissons, comme on flotte dans notre propre vie, plus ou moins endormi.e, plus ou moins sensible à la possible disparition des formes.

Eidolon évoque ces moments fantômes où tout donne l’impression de ne tenir qu’à un fil, qu’à un bout de regard, qu’à une pointe de sensation.  

Inspiré par Walt Whitman, chantant « la lumière des eidolons », Frédérique Dimarco photographie depuis une absence fondamentale, cherchant le retrait de l’ego, la pleine présence née d’un effacement de la subjectivité.

©Frédérique Dimarco

La paupière photographique, soudain levée sur notre intériorité, nous offre le spectacle de souvenirs que nous n’avons peut-être jamais eus.

Eidolons nous fait accéder de l’autre côté du miroir, de la mer, de l’air enveloppant les objets de la création.

Un paon fait la roue, des plumes nous regardent.

Dans le liquide amniotique des rêves de l’artiste surgissent des entités végétales, un visage sculpté posé sur les cailloux d’une rivière, sous l’eau, des silhouettes, un chat noir ouvrant les yeux sur une fleur blanche épanouie.

©Frédérique Dimarco

L’impression de pellicule altérée et de chimie non fixée confère aux visions de la photographe une très belle matière onirique.

Il y a ici du sacré dans la précarité, de la puissance dans la fragilité, de l’éternel dans l’éphémère.

Des visages dessinés par la lumière du Jadis, un chien affable, une sapinière.

Frédérique Dimarco recueille des images rescapées, comme après quelque explosion atomique, mais sans drame.

©Frédérique Dimarco

Danse des grains sur la page, contenus cependant par le format rectangulaire – vertical ou horizontal.

Une femme agite les bras comme pour s’envoler.

Un chat s’étonne.

Des arbres s’en amusent, bruissant calmement, sans moquerie.

On n’est déjà plus là, englouti dans le vortex du temps, nous avons payé la dime au passeur, notre poids de chair nous a été ôté, il reste un livre témoignant de peu de réalité de nos quelques heures sur la planète Terre.

©Frédérique Dimarco

Tiens, Dieu est là, ce pourrait être aussi le peintre Claude Monet.

Première question : « Qu’as-tu fait de ta vie ? »

Deuxième question : « Qu’as-tu fait de l’amour ? »

Troisième question : « Qu’as-tu fait des fleurs qui t’ont été données ? »

Frédérique Dimarco, Eidolons, texte (français/anglais) Laure Samana, poème de Walt Whitman traduit par Jacques Darras, conception graphique Dominique Mérigard et Frédérique Dimarco, reliure à la suisse, Arnaud Bizalion éditeur, 2024, 96 pages

https://www.frederiquedimarco.com/

https://www.frederiquedimarco.com/eidolons-photobook

©Frédérique Dimarco

https://arnaudbizalion.fr/fr/accueil/172-eidolons-frederique-dimarco-9782369801184.html

Laisser un commentaire