
©Gilles Mercier
« Ce travail est un hommage à toutes les familles marquées par la guerre, l’exil et la disparition, à tous ceux dont la mémoire survit dans nos cœurs. » (Gilles Mercier)
L’Elégance de vos absences, de Gilles Mercier, est le premier volume d’un récit photographique à dimension mémorielle.
Sous-titré « Comme un vivant porte-bonheur », cet ouvrage autopublié tiré à cent exemplaires est une enquête et un hommage au grand-père de l’auteur, le capitaine Roger Pierre Mercier, militaire et résistant, assassiné le 2 septembre 1944 au centre de mise à mort de Hartheim, en Allemagne, laissant deux enfants orphelins de père, Claude (5ans) et Michèle (8 ans).
En reprenant archives et lettres, en questionnant sa tante (92 ans à ce jour), Gilles Mercier poursuit les recherches que son père avait entreprises à propos d’un drame ayant eu d’importantes répercussions à travers le temps sur l’ensemble d’une famille n’ayant d’abord rien su de la réalité de la déportation de Roger.

©Gilles Mercier
Une famille plongée dans le silence.
L’Elégance de vos absences est un livre très émouvant, mais sans pathos, composé d’une matière hybride riche : des textes de l’auteur, des photographies tirées d’albums familiaux, des mots intimes, un poème écrit par Claude en 1953, des fac-similés sous transparents qu’on découvre comme un trésor, des témoignages, un message transmis par la Croix-Rouge française.
Charles Caudron, membre du réseau Mithridate se souvient : « Roger vivait dans les montagnes du Massif central, visitant les maquis de la région, à pied ou en train. Toujours par monts et par vaux, il vivait simplement, se levait tôt, circulait dans les montagnes avec sa petite valise pleine d’argent, parfois avec des millions qu’il distribuait aux maquisards. Il couchait tau hasard de sa route, ne se plaignant jamais, dans les bois ou sous les ponts, qu’il pleuve ou qu’il neige. Il vivait une vie de traqué. »

©Gilles Mercier
Un homme est mort d’avoir choisi la liberté contre l’ignominie vichyssoise, un petit-fils se souvient de lui, transmettant sa mémoire tout en rappelant l’histoire des lois scélérates et le courage des résistants.
Les photographies de Gilles Mercier sont noires, parcourues de traits de lumière, comme la nuit dans un maquis, comme un deuil s’ouvrant sur un apaisement, comme un chemin de résilience.
Ce sont des signes, des sarments, des mains tendues à travers l’obscurité.

©Gilles Mercier
Arrêté sur dénonciation la nuit du 10 octobre 1943, Roger est envoyé d’abord à la prison militaire allemande de Clermont-Ferrand.
Interrogatoires, torture, les gestapistes sont des salauds ultimes.
Pour certains, le défenseur de la patrie est vu comme un traitre, l’opprobre étant jeté sur sa famille.
On l’envoie en pays ennemi, il sera fusillé, sa sœur n’ayant pas réussi à le sauver.
Miradors, barbelés, arbres qui tremblent.
Nuit interminable.

©Gilles Mercier
Mais un petit-fils est là, qui soulève les feuilles, analyse des documents, rappelle la beauté du courage et des valeurs de son aïeul.
Il n’y a plus de lumière.
Elle apparaît pourtant de nouveau, dans la transmission d’un lien bien plus fort que la vilenie nazie et collaborationniste.

Gilles Mercier, L’Elégance de vos absences, façonnage manuel et reliure suisse Annabelle Gerin, 2025, 120 pages – 100 exemplaires signés


https://www.gillesmercier.fr/boutique/

©Gilles Mercier
Ce livre est accompagné d’une musique originale très belle de Thibault Torzuoli – proposée par QR code – portée par un quatuor à cordes, où le silence se mêle à la délicatesse des accords et au chant des oiseaux