Un tombeau de cire, par Erwann Rougé, poète

« à la porte ici / un vol de corneille / un vent brûlant » Je suis souvent agacé par la poésie : trop de mots, trop de sentimentalité, trop d’absolu facile. Mon soupçon se lève vite, j’ai comme une impression de faux-monnayeur. Oui, mais pas avec Proëlla, de Erwann Rougé, que j’ouvre un matin de dimanche alors…

Une mémoire coupée, par Bruno Dubreuil, photographe

© Bruno Dubreuil Dessiné avec soin par Claire Jolin, le livre-objet Après on oublie est un récit de Bruno Dubreuil dont la matière est à la fois textuelle et photographique. De famille germano-polonaise pour sa branche maternelle, Bruno Dubreuil est hanté par la Seconde Guerre mondiale, les massacres, le mal, et la dimension d’oubli recouvrant…

Histoires du petit bossu, par Muriel Pic, écrivain

Karl Blossfeldt « Les timbres ont longtemps été les images que les Etats déposaient dans les chambres des plus petits pour leur raconter l’histoire des gloires et des nations. Maintenant, les enfants la découvrent sur internet. La philatélie n’intéresse plus personne. Les timbres ne sont plus que les restes d’un monde en train de partir, prêt…

Un lieu, par Raymond Depardon, photographe

©  Raymond Depardon / Magnum Photos Pleurs, malades, bagarre, police, contrôle, peurs, la journée fut rude. Vite trouver un point de repli, une paix, de la beauté au-delà désarroi, une parole fondamentale dans le vacarme du mal. Trouver des photographies où habiter, un regard, une chaleur, un lieu. ©  Raymond Depardon / Magnum Photos Ainsi…

Venise, un antidote, par Cees Nooteboom, écrivain, et Simone Sassen, photographe

« Est-il possible qu’il y ait à Venise, se demande-t-il, plus de Madones que de femmes vivantes ? » Depuis plus de vingt-cinq ans, et ma première rencontre avec la cité sublime, je rassemble des livres ayant pour thème Venise. Après l’excellent Venise à double tour, de Jean-Paul Kauffmann (Les Equateurs, 2019), enquête sur les églises fermées de…

La faux siffle sur la terre, par Patrik Ourednik, écrivain, ou le mentir vrai du «  Je me souviens »

« Je me souviens que pendant mon voyage en France en soixante-quatorze, je draguais les filles en leur disant : « Je viens de Tchécoslovaquie et j’aimerais faire l’amour avec vous. » Je me souviens que ça marchait : tout d’abord, elles m’interrogeaient sur la situation politique du pays. » Vingt-quatre chapitres, vingt-quatre années d’une vie formée, déformée, encadrée par la…

Dessiner le silence, apprivoiser le noir, par Anne Gorouben, artiste

J’ai découvert le travail graphique d’Anne Gorouben grâce à Léa Veinstein, ayant choisi pour l’illustration de couverture de l’édition de sa thèse, Les philosophes lisent Kafka, Benjamin, Arendt, Anders, Adorno (Editions de la Maison des sciences de l’homme, 2019), un pastel sec sur carton intitulé Berlin W. Emu par la profondeur de silence et de…

L’or du temps et les souvenirs absents, par Carolle Bénitah, artiste plasticienne

Tout fuit, disparaît, s’évanouit, est englouti par le fleuve du temps. Tout revient à l’informe, à l’inconnu, à l’invisible, mais il y a, Janus Bifrons, les artistes, enchanteurs pourrissants, ou embaumeurs merveilleux. Avec Jamais je ne t’oublierai, magnifiquement édité par L’Artière sous forme d’album à spirales de format carré, Carolle Bénitah poursuit son grand œuvre…

April in Bruxelles, by Joseph Charroy, fanzinator

Pendant ce temps-là, en Belgique, ça bosse encore. Ça compile, ça brasse, ça s’embrasse aussi, sûrement, au moins dans les coins, et ça fanzine à mort. Après le superbe Passer par le feu, de Sophie Fougy (Primitive Editions, mars 2020), présenté comme il se doit dans L’Intervalle, voici de Joseph Charroy himself, Avril. Après April…

Ouvrir les portes, Venise à double tour, par Jean-Paul Kauffmann, écrivain

Dans son dernier récit, Venise à double tour, Jean-Paul Kauffmann raconte une obsession : se faire ouvrir les dizaines d’églises fermées de Venise, généralement pour des raisons absconses, mystérieuses, ou tout simplement oubliées par les protagonistes eux-mêmes de la fermeture des portes. A travers un livre mené comme une enquête, placé sous la haute protection…

L’esprit des lieux, par Guillaume Zuili, photographe

Ce qui frappe d’emblée dans l’œuvre de Guillaume Zuili est la dimension temporelle : le temps est en effet chez lui une matière, une pâte à traverser, opaque et translucide, l’énigme fondamentale. On perçoit dans son travail photographique le fleuve de l’Histoire, des chaos, des drames, et la formidable inventivité humaine pour imaginer les conditions…