Pratiques funéraires festives au Ghana, par Regula Tschumi, anthropologue, photographe

©Regula Tschumi

On n’y croit d’abord pas, et puis si, il faut se rendre à l’évidence, ces cérémonies festives à l’allure de carnaval géant, sont des pratiques funéraires.

Des rituels pour dire adieu aux morts, oui, mais surtout pour célébrer les vivants, la vie en son génie de fantaisie, l’esprit d’enfance.

Consacré aux fêtes d’enterrement au Ghana, telles que mises en scène par le groupe ethnique Ga-Adangme, Buried in Style, de Regula Tschumi, de l’ethnologue, historienne de l’art et photographe suisse Regula Tschumi, est une belle surprise.

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L’affliction est là bien sûr, mais aussi le rire, une certaine forme de folie, de l’extravagance.

On enterre un pêcheur.

Son cercueil est une sorte de panière XXL que portent huit hommes, artefact rempli de poissons roses peints sur des cartons découpés.

Une femme en robe de mariée est étendue sur son lit de malheur, une autre, peut-être sa mère, âgée, crie de douleur  

La page suivante montre un crabe, façon manège forain, tenu à bout de bras : est-elle morte d’un cancer ?

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Impression d’un gag géant.

Des poules traversent l’image, les pleurs se transforment en sourire.

Le grand public a pu découvrir pour la première fois en 1989 dans l’exposition Les Magiciens de la terre (commissariat Jean-Hubert Martin) au Centre Pompidou les cercueils figuratifs ghanéens.

Les préparations peuvent prendre des mois, le défunt étant conservé dans une chambre froide le temps qu’il faut.

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Il y a surenchère d’inventivité entre les familles, parfois même concurrence.

Tout cela coûte cher, on montre aussi sa puissance.

Si les cercueils reflètent avec beaucoup de bienveillance colorée la vie du trépassé, ils sont également une métaphore d’un moment spécifique de la société en ses préoccupations générales.

On voit des cercueils-voiture, un bus, un tracteur, un sarcophage, une bouteille de lait, une basket dont le motif est un drapeau américain, une machine à coudre Singer, un ananas.

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Une moto, un avion, un tank.

Un poisson bleu, un homard, un pied de cochon.

Un crocodile, un tigre, une baleine ensanglantée.

Une théière comme dans Alice au pays des merveilles.

Autre côté du miroir.

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Innovation importante depuis quelques années, on danse avec les cercueils, Regula Tschumi ayant notamment photographié le croque-mort Benjamin Aidoo, devenu mondialement célèbre à la faveur des réseaux sociaux.

Il fait le show, il est drôle, on l’applaudit.

On s’afflige, on adore, on crie d’excitation.

Les cérémonies sont chrétiennes, Dieu de miséricorde n’interdisant pas l’inspiration saugrenue.

On vient certes d’égorger un animal, son sang coule sur le toit d’un véhicule, le Ghana est syncrétique.

Folklore, mélange d’animisme et de pratiques sacrées vernaculaires, boys band prêt à officier.

Tout ceci est très intense, très collectif, très dionysiaque.

Au Ghana, les morts ne sont pas seuls, c’est une bonne nouvelle.  

Regula Tschumi, Buried in Style, Artistic Confins and Funerary Culture in Ghana, copy editing Philip Thomas, design Harald Pridgar, Kehrer Verlag, 2025, 240 pages

https://www.kehrerverlag.com/en/regula-tschumi-stilvoll-ins-jenseits-kuenstlerische-saerge-und-bestattungskultur-in-ghana-englische-ausgabe-978-3-96900-189-9

©Regula Tschumi

https://regulatschumi-photography.ch/

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