Portrait de Bram van Velde, peintre, en défigurateur

Bram van Velde

J’ai connu véritablement l’œuvre de Bram van Velde (1895-1981), comme probablement nombre d’entre nous, avec la grande exposition que lui consacra le Centre Pompidou en 1989.

Ce fut ensuite, pour mieux le comprendre, les deux textes de Samuel Beckett publiés dans Le Monde et le pantalon (Editions de Minuit, 1991), l’écrivain irlandais se considérant comme frère de solitude, d’angoisse et d’empêchements du peintre néerlandais, tous deux ayant vécu dans une grande précarité avant d’être célébrés.

Puis la galeriste de la rue Saint-Martin (Paris), où j’achetais une lithographie, m’offrit de Charles Juliet, le superbe Rencontres avec Bram van Velde (P.O.L, 1998).

La pauvreté était là, certes, mais « la peinture, affirmait Bram van Velde en 1973, nie le réel, elle l’écarte, elle l’envoie au diable. »

Les éditions Les Cahiers dessinés publient aujourd’hui un volume consacré à ses petites peintures sur papier, ouvrage accompagné de commentaires, voix et regards de Geneviève Asse à Antonio Saura et Jean Starobinski.  

La peinture est un arrachement, un autre monde, un combat intérieur.

Symbole de l’obstination à persister dans son être – de peintre -, Bram van Velde a produit une œuvre sans concession, quelquefois rattachée aux courants de l’abstraction lyrique et de l’expressionnisme abstrait, mais elle est ailleurs, plus loin, autre part, dans un espace de formes brisées et de couleurs sombres ou violentes, marqué par une tension permanente entre la sensation d’un effondrement ontologique et la volonté de construction malgré tout.

L’artiste, sauf exceptions rarissimes, ne titrait pas ses peintures, ni ne les datait et signait.

Elles sont autonomes, au-delà ou en-deçà du langage, et de l’espace-temps ordinaire.

Pas de sujet autre que la peinture elle-même.

Pierre Schneider a écrit dans L’Express le 25 novembre 1968 : « Cette œuvre concrétise un espace du dedans. Espace subjectif, dominé par les terribles conflits d’archétypes psychologiques. Mais, aussi, espace exprimé par des moyens admirablement objectifs. Ce rêveur nordique a assimilé la leçon de Paris, et particulièrement celle de Matisse. Ni figuratif ni non figuratif, on le dirait plutôt défigurateur. Une atmosphère de meurtre rituel domine sa peinture. Partout le flamboiement des regards blancs : l’œil d’Abel poursuivant Caïn. Bram van Velde s’enfonce dans le tableau pour fuir ce regard, mais il ne cesse de l’y rencontrer. Ses tableaux : les labyrinthes et la culpabilité. »

En postface, Rainer Michael Mason cite cet autre propos du peintre : « Le réel c’est l’ennemi auquel on ne peut échapper. Peindre c’est écarter cette menace. Tout mon effort est d’échapper au réel. Le réel m’écrase. »

Diluer le réel dans une coulée de peinture.

Soulever les voiles.

Inventer les cartes d’un tarot neuf.

Bram van Velde, Petites peintures sur papier, conception graphique, typographie, mise en page et postface Rainer Michael Mason, photolithographie Roger Emmenegger, Les Cahiers dessinés, 2025, 84 pages

https://www.lescahiersdessines.fr/catalogue/

https://www.leslibraires.fr/livre/24299708-petites-peintures-sur-papier-exposition-arles-lee-ufan-arles-12-avril-11-mai-2025–rainer-michael-mason-les-cahiers-dessines?affiliate=intervalle

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