Peindre la vie coite, Giorgio Morandi, par Bruno Smolarz, écrivain

« Il y a dans le paysage morandien l’application et la passion de la de la matière brute que l’on trouverait dans la représentation d’un nu, sans l’engagement de l’émotion immédiate. » Dans le vacarme et l’idiotie des punchlines de l’entre-deux tours des élections présidentielles, dans le désir de mort revenu en Europe, dans la novlangue sanitaire…

L’âme et la matière, par Eugène Leroy, peintre

« Je suis né en 1910 à Tourcoing ; orphelin de père l’année suivante. Toute ma jeunesse s’est passée près des bords de l’Escaut : collège à Roubaix. Mais vacances en partie à Roulers et Ghistel, et dès que vers quinze ans j’ai connu l’ami Paul, ce fut tous les chemins de pierres bleues d’Evregnies à Esquelmes, de…

Peindre des nymphéas, Monet à Giverny, par Jean-Philippe Toussaint, écrivain

« Le fait que je sois devenu écrivain ne m’avait jamais traversé l’esprit jusqu’à l’âge de vingt ans. Jamais, adolescent ou même étudiant à Sciences-Po, je n’aurais pu imaginer que j’allais un jour devenir écrivain. » J’ai beaucoup aimé les livres de Jean-Philippe Toussaint, le cycle de Marie Madeleine Marguerite de Montalte bien sûr (Faire l’amour, Fuir,…

Brest, les contours bleus d’un vide, par Gwenaëlle Magadur, artiste visuelle, et Jean-Manuel Warnet, écrivain

       ©Gwenaëlle Magadur  La Ligne bleue, du duo Gwenaëlle Magadur (artiste visuelle) et Jean-Manuel Warnet (écrivain) est un éloge vibrant de Brest, ville indocile, rasée/reconstruite, et « revêche à tout engluement dans le pittoresque provincial ». La Ligne bleue est un livre publié en 2019, mais c’est d’abord une intervention picturale urbaine réalisée en juin…

Une peinture sans culotte, par Jacques Cauda, portraitiste critique

Veronica Franco, Le Tintoret « Je parle à la vulve que j’ai esquissée, je lui dis la formule magique qui enchantait les Egyptiens : Descends, placenta, descends, placenta, descends ! Je suis Horus qui fait de la magie pour que celle qui donne la vie se sente mieux… » Je ne comprends pas toujours Jacques Cauda, peintre dont les…

Une logique au chaos, Paul Klee, par Stéphane Lambert, écrivain

« Paul Klee écrivait de la main droite et peignait de la main gauche. Une légère distorsion fait trembler la ligne d’horizon sur laquelle nous marchons. Le trait ouvre une porte dans la couleur. Qui allume une énigme dans la raison. En chaque témoin, il y a un devin qui dort. L’œuvre, elle, demeure un chemin…

Prendre l’air, la peinture de Corot à Monet, par Marina Ferretti Bocquillon, historienne de l’art

Thomas Jones (1742-1803) « L’histoire du premier commencement est pour nous en retrait parce que la force d’éclairement de la méditation ne peut être à la hauteur des relations simples de la tonalité fondamentale du questionnement, l’étonnement, et n’est pas non plus capable d’endurer cette tonalité. » (Méditation, Martin Heidegger, traduit par Alain Boutot, Gallimard, 2019) Plein…

Regarder Méduse, par Gérard Macé, écrivain

Chez les écrivains de vérité, la clarté de la phrase s’accorde avec la puissance de vision. Justesse du rythme, justesse du ton, justesse du lexique. Ainsi Gérard Macé écrivant d’après Théodore Géricault, Scène de naufrage, premier titre donné au tableau d’abord déconsidéré Le Radeau de la Méduse. Peinte en 1819, cette œuvre s’assombrissant avec le…

Au bord des précipices, la peinture, par Stéphane Lambert, écrivain

« Que vaudrait sans ça le monde si on le laissait entre les seules mains de la dévastation, si l’essence poétique qui nous y attache envers et contre tout ne l’ouvrait pas à des entendements insoupçonnés qui nous font voir dans la noirceur d’autres nuances que pure noirceur ? » (Stéphane Lambert) Si, pour Alain Jouffroy, le monde…

Noli me tangere, écrire la peinture, par Christian Prigent, poète

Supports/Surfaces, Rennes, 1974 Conjointement à la parution de sa correspondance croisée avec Francis Ponge, Une relation enragée, les éditions L’Atelier contemporain publient de Christian Prigent La peinture me regarde, cinquante textes sur l’art écrits entre 1974 et aujourd’hui. C’est dans le « désarroi » de la représentation que se fonde pour Christian Prigent la nécessité poétique de…