La drôlerie de l’humaine condition, par Richard Kalvar, photographe

Né à Brooklyn en 1944, installé à Paris, Richard Kalvar, cofondateur en 1972 de l’agence Viva, intègre en 1975 l’agence Magnum. Son travail est étonnant, drôle, profondément humain sans mièvrerie. Abusivement assimilé au mouvement de la street photography, Richard Kalvar pose sur le monde un regard facétieux, plus proche de la mise en scène que…

Robert Frank, la dissolution du moi, par Arnaud Claass, essayiste, photographe

L’ouvrage que consacre le théoricien et photographe Arnaud Claass à l’œuvre de Robert Frank, Essai sur Robert Frank (Filigranes Editions, 2018), est un livre important, tant nous peinons à dégager l’auteur du séminal Les Américains, l’ami des écrivains beat, de la seule mythologie de la route. Arnaud Claass explore ici le travail d’un artiste aux recherches…

Tu te souviens de cette histoire ?, par Jean-Paul Curnier, philosophe, écrivain

Décédé en août 2017, le philosophe et écrivain Jean-Paul Curnier continue élégamment de nous donner de ses nouvelles depuis l’au-delà, par les pensées des meilleurs passeurs (Yannick Haenel, Michel Surya), et par la publication d’un ouvrage inattendu aux éditions Lignes, Par-dessus tête. Consacré à son œuvre littéraire méconnue, hormis le volume Peine perdue (Léo Scheer,…

Ils ne mouraient pas tous, mais, par Rafael Garido, écrivain

« Roues à aubes / que l’eau bregmienne retourne / . » Livre hybride (textes/images), Vis-à-Vis, de Rafael Garido (éditions Zoème, 2017) est un ouvrage qui frappe immédiatement par l’inventivité de son dispositif et son bilinguisme assumé (français/espagnol) : une double couverture, une possibilité de faire pivoter l’objet, de le retourner et le renverser pour le lire deux…

L’apaisement, mais follement, par la revue Possession Immédiate

    « … je sortais de la guerre doucement gâteux, peut-être bien, à la manière de ces splendides idiots de village… » La phrase est de Jacques Vaché, mais elle pourrait désigner le projet moral du dernier numéro de la revue Possession Immédiate : sortir de la guerre, peut-être plus idiots, moins idiots, idiots, à la façon…

Devenir très-vivant, par Douna Loup, romancière et dramaturge

Finaliste du Grand Prix de littérature Dramatique Jeunesse 2017 avec Mon chien-dieu (Les Solitaires Intempestifs) aux côtés de Dominique Richard (Les discours de Rosemarie, Editions Théâtrales) et de Caroline Stella (Poussière(s), Editions Espaces 34), Douna Loup est un auteur dont l’écriture sensualiste est un principe d’amitié envers l’entièreté du vivant. Saluée pour la beauté et…

Sortir du cauchemar de l’histoire, par la romancière Frederika Amalia Finkelstein

« Journal fictionnel », Survivre, deuxième livre de Frederika Amalia Finkelstein, est une œuvre écrite avec un sentiment d’urgence, dans une époque dominée par la terreur propagée stratégiquement par l’internationale des amis de la mort. Impossible pour la narratrice de ce beau livre bref, coupant, nécessaire comme un exorcisme, une purification, ou une continuité de respiration, d’échapper…

Tempus fugit, tempus jouit, ou l’œuvre carnavalesque de Roland Sénéca

On n’attrape pas l’Indien Sénéca, graveur pariétal de son état, comme on attrape des mustangs dans un film de John Huston. Parce que ce diable d’homme fuit de partout, et ne cesse d’échapper à toute tentative de réduction. Vous l’avez compris, la servitude volontaire n’est pas pour lui.   Homme fontaine, comme il y a…

Charlotte sometimes, portrait sur le fil d’une jeune maison d’édition

Charlotte sometimes n’est pas qu’une chanson du groupe The Cure. C’est aussi le nom d’une maison d’édition très singulière, généreuse, dont chaque livre est conçu comme un objet poétique et une aventure. Publiant des œuvres visuelles, Charlotte sometimes se décline en plusieurs projets, livres d’artistes, sérigraphies, revue. Merci à Charlotte,  sa fondatrice, pour son bel…

Fiat lux, et lux fuit, ou la vie secrète de Fabrizio Annunziato, par Yan Gauchard

Il y a chez un grand nombre d’auteurs des éditions de Minuit (Jean-Philippe Toussaint comme amiral en chef) un je-ne-sais-quoi de Buster Keaton, qui fait de cette maison née de la Résistance une grande pourvoyeuse de burlesque froid. On se souvient peut-être du court métrage qu’écrivit Samuel Beckett (catalogue considérable rue Bernard-Palissy) pour le génial…

En désespoir de cause

Dans un livre majeur publié en 1956, L’Obsolescence de l’homme, sous-titré Sur l’âme à l’époque de la deuxième révolution industrielle, le philosophe allemand Günther Anders écrit : « Nous vivons désormais dans une humanité pour laquelle « le monde » et l’expérience du monde ont perdu toute valeur : rien désormais n’a d’intérêt, si ce n’est le fantôme du…