Nicolas de Staël, le feu, l’offrande, l’épuisement, par Stéphane Lambert, écrivain

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Paysage de Vaucluse, 1953, Nicolas de Staël

« Il s’était dit lui aussi qu’il n’avait fait que cela dans sa vie, peindre des temples, concevoir des offrandes aux dieux (à l’amour), des zones de recueillement entre l’ici et l’ailleurs »

Stephane Lambert s’intéresse aux artistes porteurs d’un feu intérieur, aux regards incandescents, aux existences brûlées.

En écrivant son essai biographique sur Nicolas de Staël, Le vertige et la foi, l’auteur du récit Avant Godot (Arléa, 2016) cherche à comprendre le désir d’absolu d’un peintre de grande classe mort d’épuisement à quarante-et-un an, le 10 mars 1955.

Y avait-il d’autre alternative que le suicide lorsque l’on avait tant donné, tant frémi, tant recherché l’intensité ?

Nicolas de Staël ne possédait peut-être pas l’aptitude au bonheur, que de moins ardents connaissent, mais son énergie, sa flamme, sa recherche de la lumière le menèrent en des zones où ses pinceaux trempés dans le rouge criaient de vérité.

Le maître Braque fut présent à son enterrement, dans le cimetière populaire de Montrouge, c’est un signe d’élection.

Staël rejoignit dans la tombe le premier grand amour de sa vie, Jeannine Guillou, jeune femme rencontrée au Maroc, morte dix ans plus tôt. Il adora la peindre, s’enchantant de la force géniale de leur enfant, Anne.

En deux parties, aux titres inspirés par la musique dodécaphonique imaginée et développée par Arnold Schoenberg – la nuit désaccordée / la nuit transfigurée -, Stéphane Lambert retourne sur les lieux du peintre, à Antibes, à Paris, au Maroc, en Espagne, en Sicile, à Bruxelles, à Ménerbes dans le Lubéron, où l’artiste avait acheté un castelet pour ses enfants.

Staël est arrivé au terme de sa vie, sa fatigue est immense, le vertige le gagne.

Sa compagne tant désirée Jeanne est là, son épouse Françoise, ainsi que les enfants, le visage de Jeannine flotte encore dans son atelier, mais seule la peinture possède pour lui le pouvoir de le sauver, en le tuant.

« Peindre avait toujours été une manière de vaincre son instinct destructeur, de détourner vers l’œuvre cette énergie sauvage, la rage qu’il avait en lui. »

Il faut garder la foi, ne cesser de se tourner vers la lumière, le soleil, mais le vide est si tentant.

Pour se tenir aux choses quand tout fuit, quand tout est si passionné, si fou, Staël peint des natures mortes.

la nuit désaccordée ne comporte pas de point, parce qu’il faut chercher, toujours, ne jamais s’arrêter, espérer la phrase suivante, garder la foi.

Alors que la vie le quitte, Nicolas de Staël peint des notes de couleurs enflammées, notamment le monumental Grand Concert, visible au Musée d’Antibes – à penser, peut-être, comme un suaire .

Il se consumait, bouillait, tout son être était un brasier.

« Nicolas de Staël avait une présence si forte, une présence si violemment présente (osons le pléonasme dans son cas où tout était excès – c’était un rocher en flamme), qu’elle obligeait certains vrais amis (il vivait ses amitiés dans la même passion que ses amours) à jouer parfois les morts pour éviter de le voir – pour se prémunir des éclats de sa déflagration [ainsi probablement René Char]. C’était une lutte sans merci qui ne concernait que lui-même. »

Le tempérament Staël fascinait, effrayait, enchantait, l’homme irradiait, comme sa peinture.

Pour comprendre un tel feu sacré, il n’est pas douteux que l’essayiste ne fût lui-même, le temps de sa composition, habité par des déchirures ardentes.

Le peintre est son frère volcanique, comme les Goya, Rothko, Spilliaert et Beckett sur qui il a écrit, maîtres en illuminations et vibrations crépusculaires.

Mais, à quoi pensait l’artiste devant les temples d’Agrigente ?

Quelqu’un a dit : « Ce que nous croyons être la lumière est l’ombre de Dieu. »

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Stéphane Lambert, Nicolas de Staël, Le vertige et la foi, présenté par Anne de Staël, Arléa, 2015 – réédition 2018

Stéphane Lambert – Arléa

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Se procurer Nicolas de Staël, Le vertige et la foi

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