
©Anders Petersen
The Left Shore est à la fois un film de Johan Renck, et une sélection de photographies effectuées par ce dernier dans le grand œuvre de son compatriote Anders Petersen.
Certaines images sont connues, d’autres pas du tout, l’ensemble est merveilleux.
Découvrir des pépites, et continuer à faire briller les autres.

©Anders Petersen
Le corpus s’étend de 1967 à 2017, nous sommes en Suède, en Allemagne, en Finlande, en France (Paris, Saint-Etienne), au Cap Vert, avec l’épouse d’Anders Petersen, et des inconnu.e.s, seul.e.s ou en couple, duo d’hommes, de femmes et d’amoureux hétérosexuels.
Les images sont bordées de blanc, tout respire avec noblesse, le photographe ne s’attarde pas sur la misère ou la déréliction, mais sur la dignité et la beauté de chaque être.
Les visages ne mentent pas, ils disent la solitude, la douceur, la violence, l’introspection.

©Anders Petersen
Les ombres les sculptent, et les rais de lumière, chacun.e est un mystère qu’il ne s’agit pas de circonscrire, mais d’effleurer.
Les corps sont imparfaitement parfaits, rien de mieux, tout est sincère.
Le temps les touche, les abîme, les patine.

©Anders Petersen
On cherche à se retrouver dans le noir, qui n’est pas que l’envers du positif, mais un espace de protection, de retrait, un havre pour la pudeur.
Le grain de pellicule noir et blanc est perceptible, c’est la pluie atomique de la sensibilité, le tremblement de l’émotion.
Regarder ou non qui nous regarde.
L’œil est un enjeu intime et politique pour qui n’a pas toujours le droit d’être représenté.e, et salué.e en sa singularité.

©Anders Petersen
Peau tavelée, papier peint moucheté, baisers échangés.
Cigarette, café, secret.
On attend quelque révélation, des signes indiquant la nature de notre destin, où l’on n’attend plus rien, simplement d’être considéré.e, aimé.e peut-être.
Il y a presque toujours un cadre autour de nous, une fenêtre, un miroir, un bout de pellicule.

©Anders Petersen
Anders Petersen ne fait pas la morale, mais c’est un moraliste nous invitant sans pathos à prendre soin de qui croise notre chemin de vie.
Sa photographie rend compte d’une éthique très belle, s’attachant à offrir de la lumière et de l’empathie aux vulnérables, aux parias, aux vieux, aux soi-disant indésirables.
L’économie de marché marche, repoussant à ses marges qui n’accepte pas sa loi féroce, ou simplement les irréductibles de toujours.

©Anders Petersen
Ils sont là, dans un livre superbe, parfois déshabillés, chair de joie ou de tristesse, part maudite de la société, feu de l’humanité, tendresse à partager.
Nous sommes seuls, il faut nous embrasser, nous mordre les lèvres, nous dévorer.
Et disparaître.

Johan Renck meets Anders Petersen,The Left Shore, texte (anglais, suédois) Johan Renck, editing and sequencing Gösta Flemming, Anders Petersen, final art Johan Lindberg, The Left Shore, Journal Photobooks (Suède), 2025, 120 pages

https://journal-photobooks.com/products/anders-petersen-the-left-shore

©Anders Petersen

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Livre publié à l’occasion de l’exposition des photographies et du film The Left Shore, au Nationalmuseum de Stockholm, du 12 juin 2025 au 11 janvier 2026