Politique de la beauté noire, par Kwame Brathwaite, photographe

© Kwame Brathwaite. Sans titre. Deedee Little, modèle Grandassa en voiture lors de la célébration (parade) du Garvey Day.
Vers 1965, tirage pigmentaire, 72,6 × 101,6 cm, Courtesy of the Kwame Brathwaite Archive and Philip Martin Gallery, Los Angeles

Présentée au Centre de la photographie de Mougins dans le cadre du Grand Arles Express (Rencontres d’Arles, 2025), l’exposition Kwame Brathwaite : Black is Beautifull arrive au Centre d’art GwinZegal (Guingamp), après avoir été montrée dans plusieurs villes des Etats-Unis (Los Angeles, San Francisco, Columbia, Austin, Detroit, New York, Birmingham)

La dimension esthétique de cette oeuvre se double d’une ambition politique revendiquée par Kwame Brathwaite (1938-2023) lui-même : faire éclater aux yeux de tous la beauté, la pleine dignité, et l’inventivité des communautés noires afro-descendantes.

Par le biais de la musique, notamment dans la représentation des jazzmen noirs (aussi des pochettes de disque), et de la pop culture – défilés de mode, spectacles, performance -, le cofondateur, avec son frère Elombe Brath, de l’Africain Jazz-Art Society & Studio (AJASS) et des Grandassa Models, influencé par les écrits de Marcus Garvey et la pensée de Carlos A. Cooks, a contribué de façon décisive à renouveler la façon dont la culture et l’ethos noir pouvaient être considérés par la majorité blanche.

© Kwame Brathwaite Radiah Frye, un mannequin ayant adopté les coiffures naturelles lors d’une séance photo aux studios AJASS
Vers 1970, tirage pigmentaire, 76,2 × 76,2 cm. Courtesy of the Kwame Brathwaite Archive and Philip Martin Gallery, Los Angeles

Soutenant les luttes pour la libération de l’Afrique australe, particulièrement celle du Zimbabwe, impliqué dans l’African Nationalist Pioneer Movement (ANPM), Brathwaite, qui a collaboré avec Bob Marley, Stevie Wonder, James Brown et Muhammad Ali (liste minimale) est un combattant dont l’arme principale est celle de l’influence culturelle.  

Le Centre de la Photographie de Mougins a produit, dans sa collection Cahiers, une excellente publication permettant de mieux connaître et évaluer l’œuvre de cet artiste né à Brooklyn mais élevé dans le Bronx – fréquentation ardente du Club de jazz 845 -, ayant travaillé pendant plus de soixante ans – dernier volume d’une trilogie d’expositions consacrées à la photographie afro-américaine, après Stephen Shames et les luttes des Black Panthers, puis Bayeté Ross Smith jouant avec les stéréotypes.

Une playlist est mentionnée en fin d’ouvrage, c’est parfait, la lecture peut commencer en écoutant, par exemple, Lou Donaldson, Big John Patton ou Millie Jackson.

© Kwame Brathwaite. Le mannequin Grandassa, Helene Brathwaite, alias Nomsa Brath, désigne le Congo sur une plaque murale représentant le continent africain. Vers 1964, tirage gélatino argentique vintage, 36,8 × 27,9 cm.. Courtesy of the Kwame Brathwaite Archive and Philip Martin Gallery, Los Angeles

Préserver la force de la contre-culture, tout en l’inscrivant dans le train de la modernité : slogan Buy Black.

On peut lire dans le texte de François Cheval ces mots et expressions très significatifs : « reconquérir ses racines africaines », « émancipation par les modes de communication urbaine », « panafricanisme », « cheveux naturels », « conteur, poète et activiste », « John Coltrane, Lee Morgan, Philly Joe Jones, Miles Davis, Julian « Cannonball » Adderley, Max Roach, Abbey Lincoln », « contre-défilé de mode », « créativité », « force des femmes », « Harlem », « décolonisation », « culture noire de masse », « Think Black ».

On pensera peut-être, pour le contemporain, aux écrits de Ta-Nehisi Coates, à sa colère noire face aux discriminations se perpétuant, à son éloge du courage des femmes, notamment lorsqu’elles sont lesbiennes – lire par exemple Lettre à mon fils.

L’œuvre de Kwame Brathwaite est un jalon important dans la prise de conscience et la revendication d’une fierté noire.

Les dépossédés retrouvent par lui un corps et une image de pleins droits.

© Kwame Brathwaite Muhammad Ali sur le ring 30 octobre 1974, tirage pigmentaire, 101,6 × 76,2 cm. Courtesy of the Kwame Brathwaite Archive and Philip Martin Gallery, Los Angeles

« J’ai eu la chance, déclarait-il, de faire partie d’une scène artistique émergente à une époque caractérisée par la convergence de l’art, de la politique et, surtout, de la musique. L’âme forte du rhythm and blues et du disco, l’âme groovy des snorités jazz, l’âme roots du reggae, l’âme caribéenne du calypso, l’âme spirituelle du gospel, l’âme triste et traînante du blues authentique, l’âme franche du rap : toutes ces musiques sont dominées par l’essence de l’expérience noire, et emportent avec elle quiconque s’aventure à les écouter et tente de les comprendre. Ce sentiment, cet élan, cette émotion peuvent être réellement fascinants. J’ai essayé de les restituer dans mon travail. »

Kwame Brathwaite : Black is beautifull, textes de Yasmine Chemali, François Cheval, Kwame Brathwaite, services éditoriaux et rédactionnels Elsa Hougue, collection Cahiers, Centre de la photographie de Mougins, 2025, 192 pages

https://centrephotographiemougins.com/exposition/black-is-beautiful/

© Kwame Brathwaite, Séance photo « Naturally ’68 » au Apollo Theater avec les mannequins Grandassa et les membres fondateurs d’AJASS. vers 1968, tirage pigmentaire, 76,2 × 76,2 cm. Courtesy of the Kwame Brathwaite Archive and Philip Martin Gallery, Los Angeles

Exposition éponyme au Centre d’art GwinZegal (Guingamp, Côtes d’Armor), du 12 février au 13 juin 2026


Les mannequins Grandassa à la galerie Merton Simpson, New York (vers 1967) © Kwame Brathwaite

https://gwinzegal.com/

https://gwinzegal.com/actualites/black-is-beautiful

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