
©David Paul Carr
Mais quelle splendeur ! quelle délicatesse ! quelle finesse de regard et de composition !
Tels sont les premiers mots qui se sont imposés quand j’ai découvert A Common Grace, de David Paul Carr.
Livre autoédité à trente exemplaires numérotés et signés, cet ouvrage ponctué de papiers calques transparents et crissants est un joyau.
Ayant bénéficié, pour la fabrication artisanale, du talent d’Eugenia Koval, dont on sait le soin qu’elle apporte aux volumes publiés par Origini Edizioni à Livourne, A Common Grace est une ode à la lumière.

©David Paul Carr
On appelle depuis le Moyen Age chrétien théologie de la lumière cette approche de la lumière considérée comme symbole de Dieu et de vérité : lumière intérieure (Augustin d’Hippone), lumière inaccessible (Denys l’Aréopagite), lumière de la raison (Thomas d’Aquin), lumière de la création (Bonaventure).
Il y a dans le corpus d’images de David Paul Carr quelque chose de l’ordre de la transfiguration, une illumination qui relève de l’expérience intérieure, un secret irradiant de joie et d’introspection profonde dans les ombres et la polychromie.
On pense parfois, pour l’enchevêtrement des formes et des rayons lumineux, à Laszlo Moholy-Nagy, ou à l’art de l’abstraction gorgé de spiritualisme tel que le concevait Wassily Kandinsky.

©David Paul Carr
Pourtant, A Common Grace n’est pas une œuvre purement plasticienne, elle est le reflet d’une sorte de divin bien, d’une transcendance parfaite.
L’eau rencontre le ciel, l’humain est un effet de silence, à la fois fasciné par ce qu’il voit et recherchant l’au-delà de la vision première par la pleine conscience.
On l’observe qui médite, se dilue dans le spectacle des structures qui l’environnent, devient un bris, un tesson de mosaïque, une fleur de prunier.
A Common Grace ne soulève pas les voiles, à la recherche du noyau épuré de l’être, mais montre bien au contraire que nous sommes constitués de traits de lumière, de rideaux déchirés, de signes multiples.

©David Paul Carr
Dieu nous tatoue de lignes de grâce.
Au cœur de l’ouvrage apparaît un homme seul assis sur un banc, près d’un grand arbre longiligne : peau noire, visage effacé, tenue traditionnelle, c’est un sage dont l’aura se répand sur l’ensemble des pages, cœur discret de la création, double du photographe peut-être.
Une jeune femme se baigne, de petites courges jaunes reposent sur un plat en faïence bleu-vert, un végétal s’émancipe d’une palissade en bois.
Nous sommes à l’heure des data centers, la numérisation de l’ensemble de la réalité est une nouvelle démiurgie, pourtant la merveille est là, toujours, qu’il s’agisse d’un sol marqueté, d’une pluie d’oranges, des rangées de chaises dans une église frappées par la grâce.

©David Paul Carr
Il faut prendre le temps de regarder chaque image, laisser monter en soi leur puissance, se laisser absorber par leur lumière.
A Common Grace propose une aventure intérieure.

David Paul Carr, A Common Grace, textes Wallace Steven, William Carlos Williams, Homère, Wassily Kandinsky, fabrication artisanale Eugenia Koval, autoédition, 2026 – 30 exemplaires numérotés et signés

©David Paul Carr

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