Protéger et guérir dans le Gotland, par Jessica Lindgren-Wu, photographe

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©Jessica Lindgren-Wu

« Pour l’eczéma, les furoncles et autres affections cutanées, le meilleur remède consiste à se baigner dans l’eau de mer lorsque la lune est visible. »

En cinquante-et-unes images étranges et fascinantes, essentiellement en noir & blanc, Jessica Lindgren-Wu explore et met en scène les rituels de guérison et de protection traditionnels, tels qu’ils se sont élaborés dans le Goland, la plus grande île de la Suède, où vivait sa grand-mère de 93 ans.

Des paroles ont été échangées, une transmission a eu lieu.

©Jessica Lindgren-Wu

« Ma grand-mère, confie-t-elle en introduction, m’a parlé de la dernière exécution qui y a eu lieu en 1863. Beaucoup de gens étaient venus assister au spectacle. L’une de ces personnes était sa propre grand-mère. L’homme décapité était un meurtrier, et les « femmes sages » recueillaient son sang dans des coupes qu’elles avaient apportées avec elles. Le sang d’un meurtrier était considéré comme possédant de grands pouvoirs et propriétés magiques. »

Dans le Gotland, le paganisme nordique a rencontré les croyances chrétiennes, les kloka gummor et kloka gubbar (« femmes et hommes sages ») soignant humains et animaux à l’aide de remèdes à base de plantes, de prières et de savoirs ancestraux.

Mais il faut compter aussi avec la présence d’êtres invisibles, vivant sous terre, à qui il convient de faire des offrandes.

En outre, nombre de pierres, par leur énergétique spéciale, sont réputées pouvoir guérir, comme les pratiques runiques, et l’usage d’amulettes.

©Jessica Lindgren-Wu

Tout ceci, Jessica Lindgren-Wu a tenté de les retrouver, de les réinventer, de les prolonger.

Nos connaissances techniques sont de plus en plus avancées, mais elles ne sont qu’une partie immergée d’un continent généralement inaperçu de pratiques rurales ataviques extrêmement riches et fécondes, certes menacées, voire disparues.

Le livre de l’artiste suédoise commence par la photographie d’une fresque. Il faudrait être ethnologue ou magicien pour en déchiffrer toute la signification, mais il y a un mélange de bêtes à corne humanisées assez diaboliques et de femmes animaloïdes semblant préparer quelque rituel pour attaquer un dragon, ou se le rendre favorable.

L’aventure contemporaine commence ensuite.

Il y a un cercle de protection d’herbes brûlées dans une clairière, des hommes et femmes en habits traditionnels dansant en rond tout en se tenant la main, un gros caillou plongé dans l’eau.

©Jessica Lindgren-Wu

Des légendes accompagnent régulièrement les images.

Ainsi : « Si vous prenez trois pierres de même taille (une de terre, une d’eau et une d’air), vous pouvez découvrir l’origine de votre maladie et comment vous soigner. Placez les trois pierres dans une cheminée jusqu’à ce qu’elles soient très chaudes. Ensuite, plongez-les une à une dans de l’eau froide. La pierre qui crépite le plus vous indiquera l’origine de la maladie, et vous saurez alors quel remède est le plus approprié. »

Une femme promène un enfant dans son landau sur les rives d’un étang : est-ce aujourd’hui ou hier ?

Qu’en pensent les vaches blanches regardant leur spectatrice ?

On agite un bâton, on se masque le visage, il pleut des trombes à l’horizon.

©Jessica Lindgren-Wu

Entrer dans une grotte, clouer une chauve-souris sur un pieu, avoir le dos couvert de sangsues.

Les spores des champignons appelés « étoiles de terre » soignent les blessures.

Croix de protection en poussière de charbon sur le torse d’un enfant enfiévré.

Couper le feu par le feu.

Ongles de lycanthrope, yeux révulsés, ciseaux bien aiguisés.

©Jessica Lindgren-Wu

Nous sommes ici dans les territoires du magico-existentiel, ou du fantastique populaire.

Invoquer les esprits, jeter de l’eau, placer des pièces de monnaie sur la peau nue, planter des couteaux dans le parquet, nager avec une croix en bois sur le dos.

On peut sourire, mais est-on certain d’avoir compris l’essentiel du mystère de la vie ?

Une femme s’avance, voutée canne à la main, une jeune fille s’allonge, un enfant porte sur sa poitrine le cœur d’un animal.

©Jessica Lindgren-Wu

On invoque, on prie, on dialogue avec l’invisible.

Un lièvre, présence initiatique, termine le livre.

Rada Bot, Alstra Bo est une formule secrète, à chacun de retrouver la sienne, quand il a eu la chance de rencontrer à tel ou tel moment de son existence des êtres supérieurs, ou simplement des passeurs, des messagers, des guérisseurs.

Jessica Lindgren-Wu, Rada Bot, Alstra Bo, text Anna Grönlund, editing Gösta Flemming, Jessica Lindgren-Wu, Journal Photobooks, 2025, 108 pages

©Jessica Lindgren-Wu

https://www.jessicalindgrenwu.org/

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http://www.jessicalindgrenwufoto.com/home.html

©Jessica Lindgren-Wu

https://journal-photobooks.com/products/jessica-lindgren-wu-rada-bot-alstra-ro-to-slave-to-shield

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