Paris, organisme vivant, par Eric Hazan, écrivain

Il est trop facile de verser dans la délectation morose à propos d’un Paris qui fut mais qui n’est plus, ou si peu. Le Paris de Villon, des Lumières et des barricades. Le Paris du peuple éduqué, phare du monde libre. Ce n’est pas faux, mais c’est aussi très peu vrai. Mieux vaut avec Eric…

Autoportait dans l’atelier, par Giorgio Agamben, philosophe

Autoportrait (près du Golgotha), 1896, Paul Gauguin, huile sur toile, Museu de Arte de Sao Paulo Assis Chateaubriand « Un crabe qui tient un papillon en l’air au-dessus de lui entre ses pinces. » Autoportrait dans l’atelier est l’un des plus beaux livres du philosophe Giorgio Agamben, peut-être son plus beau. Il s’agit d’un autoportrait intellectuel, bâti…

Petites folies en fioles, par Jean-Pierre Bobillot, nez poète

« A chaque clé suffit son pène. » Dernières répliques avant la sieste [notes sur le risible – II & III], de Jean-Pierre Bobillot, pourrait être une dystopie farcesque, mais c’est mieux que cela, puisque c’est un jeu de réappropriation littéraire survivaliste, une façon de ne pas s’en laisser compter, une énergétique verbale. Il est préférable de…

Grandeurs et misères de la société publicitaire, par Anja Conrad, photographe

Née en 1971, Anja Conrad est une artiste allemande ayant grandi aux Etats-Unis (Chicago, New York) et vivant le plus souvent à Francfort. Son travail relève de l’éveil, d’une attention portée à ce qui structure l’espace urbain, d’un enchantement né du quotidien observé d’un œil neuf. Dans Everything is always so perfect when you are…

Nous, le migrant, par Jean-Luc Parant, plasticien et écrivain

« Ce qui nous manque c’est de na pas pouvoir serrer la main de tous les hommes, embrasser toutes les femmes, regarder les yeux de tous les enfants. » Je n’aime pas le mot migrant, désignant des réfugiés dont on fait comprendre qu’ils sont des transhumants saisonniers, ou une espèce zoologique soumise à l’attraction de…

To leave and return, Journal à rebours, par Nicolas Comment

Journal à rebours est une ballade photobiographique de Nicolas Comment. Si le titre fait songer au livre de Joris-Karl Huysmans, son auteur n’est pas Des Esseintes le décadent, qui choisit ici de flâner dans sa vie (1991-1999) en ordonnant les images de son existence passée entre Mâcon, Dijon, Lyon et Paris, moins marquée par le…

Poésie, vérité pratique, par Arnaud Le Vac, marcheur

« Le repos éveillé / du feuillage / bruissant de la cour / et de l’eau jaillissant / et retombant / dans les grandes vasques / des fontaines / de la place voisine. » Emprunter les chemins de l’immanence, de la belle et âpre réalité, y frotter sa peau, ses rêves, ses désirs et ses…

Art et liturgie à l’âge de la religion capitaliste, par Giorgio Agamben

« Après des années passées à lire, à écrire, à étudier, il arrive parfois qu’on parvienne à comprendre ce qui constitue notre manière spéciale – si elle existe – de procéder dans la pensée et dans la recherche. Il s’agit dans mon cas, de percevoir ce que Feuerbach appelait la « capacité de développement »…

Dégeler la parole, Gérard Berréby, éditeur et poète

Pour Gérard Berréby, recherchant la métaphore qui synthétisera une situation, happant çà et là des bribes de phrases, dans une conversation entendue, dans un livre, la poésie n’est pas une activité secondaire de son métier d’éditeur – il est le patron des éditions Allia -, mais la façon la plus juste d’être au monde, ….

De la Banalyse et de Jean-Pierre Le Goff, par Yves Leroy, Banalyste

C’est dans une conversation à propos de Ralph Rumney, peintre, situationniste, psychogéographe, par Gérard Berréby, patron des éditions Allia, que j’ai entendu pour la première fois le mot « Banalyse ». Il y a quelques jours, lors d’un dîner chez une amie, j’ai rencontré par le plus grand des hasards objectifs un Banalyste authentique, assis à côté…

L’hyperlieu du capitalocène, Dubaï, par le photographe Nick Hannes

Dans l’empire du faux mondialisé, Dubaï fait sans nul doute figure de laboratoire exemplaire. Fruit d’une enquête de plusieurs années, Garden of delight du photographe anversois Nick Hannes en montre, sans avoir besoin d’en appuyer la critique, à la fois toute l’absurdité et la monstruosité. Dans cette ville des Emirats arabes unis, il semble que…