Beauté du désastre obscur, Stéphane Mallarmé, par Jean-Jacques Gonzales, écrivain

« Il faut imaginer Mallarmé lycéen – ce n’est pas si difficile – en tout jeune homme, efféminé, précieux, voire flûtée, gestes compassés, théâtraux, bousculé, rudoyé par ses camarades ébahis, envieux devant sa maîtrise de la langue, ses fastes, ses pouvoirs. Exaspérés, lucides, ils le tabassent. Il se fait appeler Comte de Bougainvilliers. Impressionnés, ils se…

Le récit, la mort, la joie, par Pascal Quignard, écrivain

Villa des Mystères, Pompéi « Soudain il était à genoux. Il posa son visage dans les genoux de la vieille dame, dans le tissu de sa robe. Elle sentait bon. Elle sentait la levure. Elle sentait la poudre de riz. Elle sentait aussi la pâte levée et le chèvrefeuille. » Il n’y a pas de place pour…

René Char vivant, par France Huser, écrivaine

Le Jour ni l’Heure, Nicolas de Staël « Longtemps je n’ai pas pardonné à René Char d’être mort. Je ne pensais pas qu’une défaillance si commune pût le toucher et qu’il pouvait subir les outrages du temps dont les autres hommes sont victimes. Lui, il était au cœur des choses, il lui suffisait de les regarder…

Israël depuis Holon, par Norbert Czarny, écrivain

Les désastres de la guerre, Goya « Un jour viendra où chacun, Israélien ou Palestinien, comptera un mort dans sa famille. Et à partir de ce jour, ce sera sans fin. » (Apeirogon, Colum McCann) Holon, où réside une importante communauté samaritaine et des descendants d’exilés polonais puis russes, est une ville située dans la banlieue sud…

Si vis pacem, par Serge Airoldi, écrivain

Cheval, Pays de Quint, juillet 2021 ©Serge Airoldi « La montagne noircit » (Serge Airoldi) Si vous cherchez le feu, le verbe haut, l’étrangeté lexicale, et l’acuité intellectuelle, tournez-vous vers Serge Airoldi, homme de l’Adour portant le fer sans détour, avec le recueil de poèmes Para bellum, au cœur du contemporain maléficié. « Comme si la vie /…

Chez les Haschischins, par Brion Gysin, écrivain

« Le sommeil me fuit. A deux pas de moi, le murmure de l’eau est plus perceptible encore depuis que nous avons éteint notre lampe. J’entends des voix qui bavardent dans le ruisseau. Et puis, au loin, de la musique et des tambours. Des bergers et des bergères qui appellent leur troupeau dans la nuit ? Ou…

Luis Ocana, héros foudroyé, par Christian Laborde, poète

« Il émanait de cette mécanique nerveuse une sensation de force explosive. Les veines à fleur de peau (cycliste, quand tu vois tes veines, tu vois ta peine…), Luis ne pédalait pas, il composait, selon le mot du reporter-écrivain Benoît Heimermann à propos de Fausto Coppi. » (Eric Fottorino) A la croisée de Francis Marmande, de Claude…

En Bretagne, avec Octave Mirbeau, écrivain

Vision après le sermon (Jacob lutte avec l’ange), 1888, Paul Gauguin « Moi, je suis à la barre, les yeux et l’esprit perdus dans cette immensité qui nous entoure, le cœur apaisé par ce silence qui berce la molle lamentation des flots, si loin des luttes et des douleurs humaines, si loin de la haine qui…

Voix de téléphone, poids de l’âme, par Amaury da Cunha, écrivain

Anna Magnani, dans Amore, 1948, Roberto Rossellini « Après avoir raccroché, je suis resté avec le Nokia dans la main, comme si je tenais un pistolet encore chaud. » On le sait, le téléphone, « petite boîte à fiction inventée pour supporter l’absence », est un objet ambivalent. Il rassure et relie les amants, conforte les aimé.e.s, rapproche…

Amérique, travelling de fictions immobiles, par Sébastien Berlendis, écrivain

©Sébastien Berlendis « Dès le début de notre histoire, nous avions partagé cet amour des espaces à l’écart, et des films, américains pour la plupart, qui les mettaient en scène, des films d’errance, m’avait écrit Marianne, dans sa première lettre. » Très sensible à la géographie (territoires varois, Vercors, Italie), à la façon dont les corps occupent…