De l’organicité des forêts, et des images, par Sylvie Bonnot, photographe

©Sylvie Bonnot

Dévoilé lors des Rencontres Photographiques d’Arles, L’arbre machine, Un monde en mue, de Sylvie Bonnot en fut incontestablement un des livres phares.

Pour sa sensibilité, son intelligence, son ouverture aux mystères de la création, ses expérimentations alchimiques, sa beauté graphique.

Se présentant sous jaspage jaune, cet ouvrage est un hymne à la forêt à la fois comme espace physique et comme territoire mental.

©Sylvie Bonnot

On y croise des arbres venus de Bourgogne ou de Savoie, mais aussi de Guyane, dans une recherche à la fois documentaire et plastique concernant la façon dont l’organicité de la forêt dialogue et interagit avec celle de l’homme venu la rencontrer, ou/et l’exploiter.

Travaillant avec la gélatine de ses images, déplacées, transférées, sur d’autres surfaces, l’artiste cherche à créer une sorte de chimère sylvicole, dont la mue est le symbole.

On pense aux civilisations serpentines, et aux degrés d’initiations de qui cherche à grandir en sagesse, souvent représenté à l’instant d’être avalé par un immense saurien.

©Sylvie Bonnot

Les images de Sylvie Bonnot sont des peaux, il faut donc les considérer dans leur dimension charnelle et leur respiration propre.

Elles sont le fruit d’expérimentations incessantes au laboratoire, lieu d’inventions, de recompositions, de migrations de matières chimiques et végétales.

Les images frémissent, s’inventent, s’hybrident, et se craquellent comme s’il s’agissait de peintures à l’huile ayant traversé le temps.

©Sylvie Bonnot

On ressent la présence d’un monde intérieur alors que tremble la tectonique de l’image.

Dites, qu’avez-vous vu ?

Une forêt se mettre en marche, des troncs d’arbres se parler, des futaies converser.

Des pins s’effondrent, c’est une catastrophe, oui, mais qui peut présager du bonheur de la décomposition du carbone pour les civilisations futures ?

©Sylvie Bonnot

Violence des éléments, déchirure, griffures, et génie du vivant.

Il faut laisser l’apparaître à l’autonomie des forces supérieures.

Forêts, que votre volonté soit faite.

Bûcherons qui tronçonnez, ou vous les élagueurs, demandez d’abord à l’arbre ce qu’il désire, il vous répondra.

©Sylvie Bonnot

Pluie de feuilles sur la pellicule photographique.

Nous sommes sous terre, comme Lazare dans son tombeau, peut-être serons-nous un jour véritablement humains, c’est-à-dire capables de nous unir dans le souffle d’une langue d’or universelle.

Des torrents, des touches de lumière comme au temps du pictorialisme, des rhizomes proliférants.

Des failles, des entailles, des lignes sismiques.

D’abruptes falaises, des rencontres entre macrocosme et microcosme.

©Sylvie Bonnot

Neige noire, apocalypse, brûlis, incendies.

Tissages, toiles arachnéennes, désolation.

Il y a tension entre la malfaisance de l’homme et le vif de la forêt, déboitée, désarticulée, luxée.

Tombent aussi les oiseaux, les nids, les œufs.

Sylvie Bonnot propose de se laisser aspirer par la densité végétale, et de ne pas résister.

©Sylvie Bonnot

Il y a dans ses images à la fois un désastre et une érotique rappelant, malgré les engins de mort détruisant l’indemne, que le cristal de vie l’emportera.

Accompagné d’articles de grande densité, L’Arbre machine est aussi un hypertexte, que prolonge – les images sont cette fois en couleur et de nature purement documentaire – un petit atlas de la forêt montrant l’état de quelques massifs forestiers et des activités arboricoles.

Il y a cette connaissance factuelle, et le savoir ésotérique, bien plus profond.

Un monde en mue propose un retournement du regard.

Non plus jeter ses yeux, s’approprier, désirer posséder, mais se laisser contempler, avec compassion, dans nos blessures, nos indignités et notre noblesse.

Sylvie Bonnot, L’Arbre machine, Un monde en mue, textes de Damarice Amao, Sophie Eloy & François Michaud, Eric Karsenty, Marion Laffin, Ioana Mello et Marc-Alexandre Tareau, direction éditoriale Eric Cez, design graphique L’Atelier d’édition, Editions Loco, 2024, 138 pages – 800 exemplaires, dont 20 accompagnés d’une Mue : gélatine argentique inédite transposée sur papier

https://sylviebonnot.com/

https://www.editionsloco.com/

Exposition Décoller-atterrir, au Château de Tours, du 28 juin au 1er décembre 2024 – vernissage le jeudi 27 juin

https://www.tours.fr/evenements/decoller-atterrir/

Laisser un commentaire