
©Henry Roy
Les photographies d’Henry Roy, artiste trop peu exposé en France, sont bien plus que des images.
Par la vibration de leurs couleurs et leur sensualité, par le mystère de leur forme et l’étrangeté surréalisante de certaines scènes, elles témoignent d’un monde plus riche, plus noble, plus honnête, que celui que souillent en leurs divagations les humanoïdes terminaux.

©Henry Roy
Il y a la catastrophe, oui, l’urgence climatique, oui, le capitalocène, oui, mais il y a surtout, pour qui comprend que la gnose propose d’entrer dans un chemin intérieur équivalent à un retournement des polarités, un formidable espoir.
Nous dormions et agissions comme des somnambules, nous sommes réveillés.
Pas d’effondrement, sans sauvetage de dernière minute.
Pas de délectations moroses, sans possibilité de jubilation.
Là où croît le danger, croît aussi ce qui rédime, écrivait Hölderlin, ainsi l’œuvre d’Henry Roy, qui est puissance de vision, volupté et traversée des apparences, recherche d’un monde parfait – un éden intérieur extériorisé.

©Henry Roy
Les Australiens de Perth ont de la chance, qui peuvent assister jusqu’en mai 2025 à une exposition rétrospective de son œuvre, qu’accompagne la très belle monographie Impossible Island (exemplaires disponibles, parmi quelques autres adresses délectables, du côté des quais, à Marseille).
L’œuvre d’Henry Roy possède une dimension initiatique indéniable, le photographe ayant reçu ses dons de son île haïtienne natale, et, plus tard, du sable saharien gorgé d’un soleil tranchant où se sont offerts à lui de précieux trésors.

©Henry Roy
On tend la main, on entre dans la chair d’un cactus, on dort pour ne plus dormir.
Il y a sur le chemin de vérité des Béatrice, des animaux psychopompes, des pierres vivantes.
Henry Roy travaille avec les éléments, l’eau, le végétal, l’animal, et la lumière comme signe d’au-delà, ou d’en-deçà.
Ayant longuement vécu aux îles Baléares, le photographe sait que le paradis existe : c’est une peau salée caressée par le vent alors que point le crépuscule, ou l’aube.
Les Rois Mages sont là, c’est une enfant aux yeux clairs, un bel homme au corps sculptural allongé sur des roches, une femme aimée bronzant seins nus en souriant à son regardeur.
Chacun apporte une commune bonne nouvelle : nous pouvons quitter notre marionnette sociale, il est possible de ne pas se mentir, et d’entrer pleinement dans le présent.

©Henry Roy
Si les lumières sont souvent éclatantes, d’ordre épiphanique, les êtres que photographie Henry Roy sont aussi également graves, conscients de la grâce et de l’énigme d’être vivant.
L’artiste ne montre pas l’homme, la femme ou l’enfant seuls, mais traversés de flux énergétiques et d’états intérieurs indiscernables.
Nudité, fécondité, enfantements.
Lézards, iguanes, agaves.
Il y a de l’animisme ici, comme une façon d’entrer en contact avec les esprits de la nature par la matière vibrante.
Tout est calme chez Henry Roy, ordonné, à sa place.

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Pas de précipitation, mais la splendeur de ce qui est et restera, dans l’union des puissances féminines et masculines.
Impossible Island est-ce vers quoi nous devons tendre : le rien, l’ensemble de ce qui est, sans conflit, avec tranquillité.

Henry Roy, Impossible Island, texts Henry Roy, Robert Cook, Colin Walker, design assistant Eva Dumoulin, Loose Joints Publishing /The Art Gallery of Western Australia, 2024

©Henry Roy
https://loosejoints.biz/products/impossible-island

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©Henry Roy
Monographie publiée à l’occasion de l’exposition éponyme at The Art Gallery of Western Australia (Perth), du 30 novembre 2024 au 18 mai 2025
https://artgallery.wa.gov.au/whats-on/events/henry-roy-meet-artist-photo-book-signing