
©Didier Ben Loulou
Sous belle couverture orange sanguine, voici Seaside, dernier des opus méditerranéens de Didier Ben Loulou, livre de solitude et de paix, de déambulations au long cours et de sensualité douce.
Marchant sur la côte israélienne, de la frontière de Gaza à celle du Liban, l’auteur de Israël Eighties (2016) et de Sanguinaires (2020) a photographié la beauté ocre et bleue des bâtiments et objets érodés par le vent, l’air marin, le passage des saisons.

©Didier Ben Loulou
Des fleurs poussent çà et là sous un ciel de tempête, tout s’écrit en lettres hébraïques métamorphosées en chemins de pierre et de sable, le nom de Dieu est caché dans chacun des paysages parcourus.
La flèche du temps s’est retournée, hier est le bel aujourd’hui, qui est ordre de maléfice, vulgarité, insignifiance.

©Didier Ben Loulou
Qu’il photographie un pan de mur tagué ou de parpaings bruts, une rambarde effondrée ou une serviette rouge séchant sur un fil à linge, Didier Ben Loulou recherche constamment la noblesse des scènes, leur cœur secret, cette dimension de sacré par quoi tient l’ensemble du monde et des sociétés.
Ses images de format carré sont les blasons d’un royaume à nul autre pareil, brillant d’un éclat spécial, qui est celui de la transfiguration – magnificence des tirages Fresson.

©Didier Ben Loulou
Tombeau de lumière ou œuvre de dimension lazaréenne, Seadide ne se satisfait nullement des attraits de la délectation morose, le corps des amants tendrement enlacés sur le sable que contemple son auteur rédimant les ruines et les embarcations rouillées qui les environnent.
Les nuages sont bleus, il pleut des tessons d’idéalité, le marcheur bute sur un dallage défait, tel le narrateur de Marcel Proust se heurtant à l’irrégularité du pavage de la basilique Saint-Marc à Venise.

©Didier Ben Loulou
Chez Didier Ben Loulou, la déchirure se fait éveil, c’est une pastèque dévorée gisant sur le tablier d’une charrette.
Il y a rencontre entre les actes de culture et les œuvres de la nature (une étoile de mer, une peau humaine, des fleurs, la mer agitée), non pas heurt ou confrontation, mais dialogues, certes quelquefois un peu saugrenus ou absurdes, entre les formes et les couleurs, les substances et les êtres.

©Didier Ben Loulou
Des visages apparaissent, mais à peine, une enfant est vue de dos, des silhouettes de garçons prêts à plonger dans le port sont observés tels des esquisses dessinant l’espace, la pudeur du regard est le signe ultime de la délicatesse quand tout nous pousse à l’indiscrétion, au voyeurisme, au blasphème.
Il y a des sépultures musulmanes et juives, et des murs métaphorisant la séparation, d’abord pour se protéger de la fureur des flots.

©Didier Ben Loulou
Des pêcheurs réparent leurs filets, un cheval a la crinière mouillée, les civilisations choient, entre cartons d’emballages abandonnés, vêtements jetés à terre et sols jonchés de détritus.
Il y a du Bossuet ici, tempéré par la conscience de la merveille de l’instant et de la possibilité que quelque chose apparaisse, surtout à l’aube, au crépuscule, ou par temps couvert.
Après Judée (2023), consacré au territoire interne, Seaside propose une méditation sur le temps, le sacré, les organisations humaines à bout de souffle, et la beauté malgré tout de ce qui persiste dans l’agonie des formes.

Didier Ben Loulou, Seaside, graphisme Wijntje van Rooijen & Pierre Péronnet, La Table Ronde, 2025, 84 pages
https://didierbenloulou.net/fr/page/biographie

©Didier Ben Loulou
https://www.editionslatableronde.fr/seaside/9791037115942
Exposition à Sète du 10 au 31 mai, dans le cadre de l’Association Itinérances Foto
https://www.archipel-thau.com/itinerances-foto-prelude.html

©Didier Ben Loulou
