Dévoré par le feu, ou la vie nocturne, selon Fabrice Catérini, photographe

©Fabrice Catérini

« Aujourd’hui encore, il y en a qui se souviennent de moi comme du photographe de la nuit au grand manteau jaune moutarde et au béret scintillant. » (Fabrice Catérini)

Qui est-on quand vient la nuit, quand vient le feu, quand vient le dionysiaque ?

Composé d’une jaquette noire perforée laissant percevoir sous les jours ainsi créés un papier argenté reflétant le visage du regardeur – comme lors d’une performance warholienne -, Quand vient la nuit, de Fabrice Catérini est le troisième livre, une nouvelle fois superbe, des éditions Saetta Books.

©Fabrice Catérini

Une phrase court sur le revers des couvertures, qui est un rappel de l’antique formule palindromique, parfois attribuée à Virgile, et reprise par Guy Debord tel un cri dans son livre éponyme : in girum imus nocte et consumimur igni.

Nous tournons sans fin dans la nuit, et nous sommes dévorés par le feu.

Nous sommes des papillons attirés par la chaleur de la chandelle, au risque de nous brûler les ailes.

Entrée dans le monde des lumières artificielles, comme les paradis du même nom sous la plume de Charles Baudelaire interrogeant les liens entre drogues et créations.

©Fabrice Catérini

Quand vient la nuit est un poème, brut, fou, écorché.

Peaux nues, tatouages, lunettes de soleil portées dans des caves.

Danse, sueur sexy, peaux frottées, bouches happées.

Les pages sont d’un noir très dense, le grain des images est un stupéfiant, la musique coule comme un fleuve de jouvence.

©Fabrice Catérini

Pendant sept ans, Fabrice Catérini photographie au cœur de la fête, il n’y a plus ni espace, ni temps, mais un sanctuaire où sacrifier, ensemble, sa fatigue au même dieu des ténèbres.  

Quand vient la nuit est un corps-à-corps avec Erèbe, avec les êtres indociles, avec les prêtres noirs d’un temple d’absolu.

Les masques se déchirent sur d’autres masques, le carnaval est permanent, les assis du jour n’ont aucune leçon à nous donner.

Fraternité des extasiés, vertige des sens débondés, tête à l’envers.

Des images de douceur ponctuent le corpus : un homme dans son bain, mains sur les yeux, recroquevillé en position semi-fœtale, des brumes, une voiture sous la neige entre deux arbres, comme chez Abbas Kiarostami, Nuri Bilge Ceylan ou Pentti Sammallahti.

©Fabrice Catérini

Maison de campagne, pots de fleurs, autoportrait dans un miroir.

La vie est un chantier, comment en finit-on avec la mélancolie ?

Images floues, bras qui se multiplient, comme on réinvente la déesse Kali.

Nuits destructrices et créatrices.

Processus de l’union des contraires.

Permutations.

Illuminations.    

©Fabrice Catérini

Quand vient la nuit offre à son spectateur la possibilité d’une expérience intérieure : dissolution du moi, fusion avec les danseurs, beauté nue des aventuriers de l’extrême.

Chaînes, seins nus, tétons, sourcils et langue percés, cagoules, gants en cuir.

Tunnels de la nuit, seringues, dépressions.

Tomber dans la fosse, renaître à coups de flashes, trouver le soleil au cœur de la guerre.

Dans un très beau texte, Fabrice Catérini écrit : « Mais cette nuit ressemble à un marécage où chaque mouvement m’entraînerait un peu plus vers le fond. Alors fatalement je m’enfonce. Je descends dans l’antre du diable me mêler aux autres allumés du dancefloor, les excentriques et les introvertis, les club kids et les parachutés, les drag queens et le drags kings, des oiseaux de passage dans une drôle de serre. »

Les oiseaux de la nuit ont les ailes dépliées, froissées, mutilées.

Le Rhône, les montagnes, la route apportent un apaisement, mais il faut vite repartir, replonger, renaître dans le noir.

©Fabrice Catérini

Trouver la lumière dans l’obscurité, comme chez Victor Hugo.

Choses vues, choses consommées, choses aimées.

Derniers mots du poète, avant que de rejoindre l’énigme fondamentale  : « Je vois une lumière noire. »

Ainsi Fabrice Catérini muni de son boîtier de visions. 

Fabrice Catérini, Quand vient la nuit, texte (français/anglais) Fabrice Catérini, Saetta Books, 2025, 168 pages

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