En chute libre, par Muriel Claude, écrivaine

La Femme au fil de fer ©Dolorès Marat

« Tous ceux qui errent ne sont pas perdus. » (J. R. R. Tolkien)

C’est un livre très beau, très simple, presque silencieux.

Une femme se présente à la porte d’un monastère cistercien des Ardennes belges pour y faire une retraite, elle entre, se sent apaisée, y reviendra sans cesse.

Conversations à la porte, de Muriel Claude, est le récit de la rencontre de l’auteure avec ce lieu consacré à l’adoration de Dieu, et des moniales qui le font vivre.

Ecrit au rythme des prières – vigiles (5h), laudes (7h), tierces (8h45), none (14h45), vêpres (18h), complies (20h) – cet ouvrage ne cherche pas l’éclat, mais la justesse.

Pas de précipitation, une observation fine des rites et de la nature environnante – il faut un bois pour protéger de la société les moniales -, une attention sans orgueil.  

Par ailleurs photographe, Muriel Claude, prend des images avec les mots, posément, délicatement.

Il faut franchir le seuil pour que quelque chose se passe, assumer sa solitude, basculer sans tomber.

Chambre 24, second étage, vue sur le jardin et la cour intérieure.

Rythme des offices et des repas, consignes diverses.

Dans ses marches, Muriel Claude observe des oiseaux, des petits animaux autour de la rivière, contemple les fleurs, qu’elle offre quelquefois, revenue en son lieu de méditation, à la Vierge Marie.  

La phrase se fait nominale : pourquoi dire plus ? pourquoi insister sur les liaisons ?

Le vrai lien se situe dans la poitrine, au niveau du cœur.

Une chambre en soi, une chambre à elle, une chambre pour toutes.

La clôture comme ouverture.

Des lectures ponctuent ses séjours : Jean-François Chevrier (Proust et la photographie), les actes du colloque de Royaumont Cîteaux et les femmes, une vie de Thérèse d’Avila, En route de Joris-Karl Huysmans, la biographie de Christian de Chergé, prieur du monastère de Tibhirine en Algérie, Les Impardonnables, de Cristina Campo, Modèle monastique, de Jacques Dalarun (liste non exhaustive).

Des complicités se nouent avec des sœurs, le chant du Salve Regina dépassant toute notion de psychologie.  

Muriel Claude écrit comme on arrange un bouquet en ikebana, louange à la grâce éphémère des puissances végétales.

L’écrivaine cherche l’accord, avec la lumière, avec les ténèbres, avec la Voix.

« Chanter. Le cœur de cette vie est le chant. Les voix, leurs relations à l’espace. »

Le motif de la chute est récurrent : une sœur tombe d’un toit, des samares volètent, le soir envahit l’espace.

Avec beaucoup de pudeur, Muriel Claude laisse entendre qu’un malaise a gagné le monastère, qu’il y a des conflits, que la crise est grave – lire les dernières pages, désolantes.

Pas besoin de tout savoir, ni de juger, laisser être, et penser à ce qui se recompose, en silence.

Un jeune moine fait un corps-à-corps avec un cheval mourant.

Cristina Campo : « A l’abri d’une abbaye, on se sent comme le passereau sous l’aile de l’aigle. »

Vierge de tendresse.

Glycine blanche.

Pluie battante.

Exil.

Exit.

Office des défunts.

Mots de peu, et de tout, sur la page.

Muriel Claude, Conversations à la porte, collection « La Rencontre » dirigée par Anne Bourguignon,  Arléa, 2025, 132 pages

https://www.arlea.fr/Conversations-de-la-porte

Photographie de couverture Dolorès Marat

https://www.leslibraires.fr/livre/25162957-conversations-de-la-porte-muriel-claude-arlea?=lintervalle

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  1. Avatar de rené thibaud rené thibaud dit :

    Beau commentaire de ce livre, on y devine le déséquilibre entre deux infinis. Quelque chose de pascalien rendu à une extrême douceur.

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