
©Martin Parr/MagnumPhotos Série The Last Resort, New Brighton, Angleterre, 1983-1985
« Vous vous rendez bien évidemment compte que je suis bien plus connu en France que je ne le suis en Angleterre, non ? Ça me paraît toujours bizarre, mais ça tient également au fait que la photographie est une activité culturelle beaucoup plus importante et centrale en France qu’elle ne l’est ici. » (propos de Martin Parr s’adressant à Quentin Bajac)
Depuis son récent décès, les hommages à Martin Parr (1952-2025), dont l’esthétique fit cependant souvent l’objet de polémiques chez les amateurs de photographie, sont incessants.
Jouissant d’une reconnaissance internationale, surtout depuis sa participation aux Rencontres d’Arles en 1986, mais n’ayant cessé de fustiger son propre pays pour son peu d’intérêt institutionnel à propos de son art, Martin Parr s’est peu exprimé de façon ample sur son œuvre.
La réédition chez Textuel de ses conversations datant de 2010 avec Quentin Bajac, directeur du Jeu de Paume qui lui consacre actuellement une exposition, rend ainsi cet ouvrage richement illustré très précieux.
Il y a chez Martin Parr une volonté absolue de tourner l’objectif vers les classes moyennes et populaires – en ses pratiques consuméristes de masse – que la photographie d’art a tendance parfois à délaisser.
Trop de kitsch, trop de mauvais goût, trop de vulgarité à bas prix.
« Je suis un photographe populiste, affirme-t-il. Je ne souhaite pas faire partie d’une élite. Je suis bien entendu enchanté de voir mes photos au Centre Pompidou et à la Tate mais je suis également très content de pouvoir les montrer ailleurs. »
Son regard sur la globalisation en ses loisirs et objets de grande consommation est certes social, mais teinté d’humour, plus que d’ironie.
Devenu commissaire d’exposition, historien, collectionneur de livres, créateur d’une fondation à Bristol, sa ville d’adoption – consacrée à la promotion de son œuvre, mais aussi à celle des photographes anglais et irlandais -, le Britannique, membre de l’agence Magnum Photos depuis 1994, est une star.

©Martin Parr / Magnum Photos « Je ne crois pas que Deborah se soit jamais sentie obligée à quoi que ce soit. C’est justeque nous avons toujours aimé les mêmes choses », série Signs of the Times, Angleterre,1991
Ses plus de cent vingt libres sont pensés comme les pièces d’un vaste puzzle : « J’ai commencé par le Royaume-Uni avant d’élargir mon champ d’action. Je continue à compléter le puzzle et le ferai tant que je pourrai photographier. »
Parr a su pointer la transformation de la société anglaise, à l’époque Thatcher, en succursale low cost des Etats-Unis et des produits manufacturés mondialisés.
Les visages anglais résistent encore à la standardisation des comportements, parce qu’ils émanent du peuple et d’une forme d’atavisme échappant encore un peu au façonnage planétaire des apparences.
Le flash utilisé en plein jour permet de créer une aura d’artificialité, voire une étrangeté, qui séduisent – des topiques reprises par la société publicitaire et le grand public.
Formé au Manchester Polytechnic, l’artiste intégré (relire Guy Debord), qui aime se définir comme un documentariste, observe la singularité dans l’entreprise générale d’arasement des particularismes.
Sa neutralité d’approche est cependant teintée d’un point de vue – peut-être celui d’un clown triste – porteur d’une dimension critique sur l’évolution de son temps.
Il y a de l’oiseau chez lui, dans sa capacité à s’approcher des détails d’un œil perçant, voire tranchant, notamment par l’utilisation du macro.
Thatcher chantait la grandeur de l’Angleterre, Parr montre sa réalité, non pas sa déchéance, mais ses situations ordinaires, au supermarché, dans la rue, sur une plage.
Il y a aussi du satiriste chez lui, et une façon d’observer l’humaine condition tel un entomologiste.

©Martin Parr / Magnum Photos Série Luxury, Millionaire Fair, Moscou, Russie, 2007
« Souvenez-vous, confie-t-il à Quentin Bajac, je fais des images sérieuses qui s’efforcent d’être divertissantes. Ça fait partie de mon mantra. Je rends les images accessibles afin de trouver un public, mais en fait il se passe des tas de choses de manière moins évidente, moins frontale. Mais si vous voulez le voir, vous le voyez. »
Plus loin : « Une de mes convictions est qu’on peut appartenir à différents mondes. On peut faire partie du monde de l’art, de celui de la photographie, de celui de la photographie commerciale [Parr a aussi fait de la photographie de mode], de celui de la photographie de presse. Et cet aspect, qui a à voir avec le caractère démocratique de la photographie, m’intéresse. J’ai toujours aimé l’idée d’avoir des photos qui fonctionnent différemment selon le contexte dans lequel elles ont été appréhendées. »
Mais qui est aujourd’hui le meilleur héritier de Parr ? Le Belge Pascal Sgro bien sûr.

Martin Parr / Quentin Bajak, Le mélange des genres, conception graphique Agnès Dahan Studio, relecture Marie Delaby, Editions Textuel, 2025, 160 pages
https://www.editionstextuel.com/auteur/martin-parr
https://martinparrfoundation.org/
https://www.magnumphotos.com/photographer/martin-parr/

Exposition Global Warning au Jeu de Paume (Paris), du 30 janvier au 24 mai 2026
https://jeudepaume.org/evenement/martin-parr-global-warning/
