
©Federico Drigo
Les archives d’un photographe forment quelquefois un chaos qu’il s’agit d’ordonner.
On appelle alors cet effort de rassemblement, de mise en relation et d’organicité un cosmos, ou un livre de photographie.
Pour l’Italien Federico Drigo, cet ouvrage de cohérence constituant sa première monographie s’intitule White Noise.
Publiée à Venise, cette autopublication est pensée comme une grammaire de formes.

©Federico Drigo
En postface, Riccardo Camoletti parle d’unités minimales d’interprétation, c’est parfait.
Se présentant sous tranche vert fluo et couverture au graphisme évoquant quelques lignes musicales de John Cage ou de Michael Nyman, White Noise se compose d’images en noir & blanc montrant des structures, des matières, des écritures.
La reliure suisse permet une ouverture à plat aisée, il faut laisser planer le sens, s’enchanter des nuances de gris, de la construction des dialogues et sous-conversation entre les formes, et de la façon dont le photographe imagine des séquences d’images.
Ce sont des diptyques, des triptyques, des polyptiques, des mosaïques.

©Federico Drigo
Indépendance des tubulures, murs troués, chemins de tuyaux serpentant sur les cailloux.
Des grilles, des ombres, des flaques d’eau.
Des écorces, des zébrures, des déchirements.
Il y a ici de la blessure, le cri muet des choses, des solidités et des béances.
White Noise déroute, déterritorialise, invente un espace neuf.

©Federico Drigo
Federico Drigo ajuste ses images tel un imprimeur à l’ancienne déplaçant et associant ses lettres en bois.
Des vertèbres, des nervures, des craquelures.
Des chiffres, une sorte de partition à la fois sauvage et sophistiquée.
White Noise est une cosa mentale.
Bruit blanche, lumière blanche, clarté, calme, ataraxie.

©Federico Drigo
Des triangles, des losanges, des carrés, la musique des sphères répond à des lois pythagoriciennes.
Abstractions, summums de présence, unité dans le disparate.
Soif de vivre, souffle régulier, shots de formes, jusqu’au vertige, jusqu’à l’ivresse, jusqu’à l’oubli de soif.
On peut découvrir White Noise en écoutant la musique, percussive, électronique, polymorphe, d’Alessio Ghezzi – un QR code est à télécharger.

©Federico Drigo
Ce sont des pièces musicales accompagnant un livre que Federico Drigo a imaginé avec audace et ardeur comme un ensemble de pièces d’images d’effervescence sereine.
Et je pense maintenant, sans être certaine de la pertinence de ma référence, à Luigi Nono.

Federico Drigo, White Noise, graphic design Tommaso Lodi, autopublication, 2025, 160 pages – 700 exemplaires numérotés
Musique Alessio Ghezzi
