Journal des adventices, par Jane Sautière, écrivaine, et Marie Sordat, photographe

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©Marie Sordat

« Je sens bien qu’il faut que je noue tout ça, que je dois unir malheur et joie, proche et lointain, au lieu de cliver, que je dois faire terre, territoire, sol de ce qui me parvient ou qui est déjà mien. » (Jane Sautière)

Il ne s’agit pas de consoler, mais d’aller plus loin, plus bas, plus haut, vers la joie sans cause.

Une simple plante, une lumière, une silhouette, des arbres, un ciel, un visage, un cygne, soit un livre composé à quatre mains et yeux, Adventices, de l’écrivaine Jane Sautière et de la photographe Marie Sordat.

Les nouvelles arrivent, les médias s’en chargent désormais algorithmiquement, il y a lieu de désespérer, mais ce serait faire allégeance à l’époque, qui travaille, avec la fortune de quelques milliardaires, pour la mort.  

©Marie Sordat

Il y a quelqu’un que Jane Sautière ne veut pas nommer, un président américain, dont on dit qu’il a été démocratiquement élu.  

Mais le mal est plus profond que les marionnettes qui le supportent.

Il faut pour le combattre retourner le regard, écrire avec les simples, photographier avec l’endurance du cœur, plexus solaire ouvert.

A la façon d’Anne Serre et de Pierre Bergounioux (journaux récemment parus chez Verdier), Jane Sautière nous confie des pages de ses pensées quotidiennes, qu’accompagnent, généralement sans volonté d’illustration directe, les images de sa complice.

« Des colliers de gouttes de pluie sur la branche dépouillée de la glycine. Leur lumière déconcertante, baroque. »

©Marie Sordat

Nous sommes à Paris, vers Stalingrad, avec les pauvres et la soupe populaire.

Nous sommes avec un bouquet de fleurs dans la pénombre d’une pièce noble.

Les mois défilent, févier, qui nous purifie, mars qui nous revigore.

Adventices est un livre politique, de partage, et de combat sans hargne, au nom des humbles.

« Est-ce qu’il s’agit de s’opposer aux fachos avec des bouquets de tulipes rouges ? Il ne s’agit pas d’opposer, mais d’organiser le face-à-face du bouquet et des fachos. (…) Finalement être au ras des tulipes. »

©Marie Sordat

Marie Sordat photographie-t-elle en noir et blanc ses insomnies lumineuses ? Peut-être.

Quelqu’un marche sur l’eau du bassin d’un parc, faisant naître sous ses pieds sept fleurs de lotus.

Il faut prendre soin de soi, des autres, des inconnus, de ses voisins, le cerisier d’à côté par exemple.

Est noté pour les quatre ans de sa disparition, le lundi 24 février 2021, le beau nom de Joseph Ponthus, dont le livre A la ligne devrait être offert à tous.

©Marie Sordat

Etre présent, faire des présents, relier le petit point de l’individu à la vastitude de l’être.

Se souvenir aussi de Rosa Luxemburg en prison, heureuse malgré tout, comme Etty Hillesum la persécutée.

« Tout le temps en ce moment, l’évocation des années 30 et la montée du nazisme, car beaucoup de signes convergent. Et là, il serait bien possible que le temps humain fasse retour. Fleurissons quand même. »

Arroser les fleurs, lire, faire ses courses, observer, laisser venir à soi la petite chatte Lison.

Paris est belle, et parfois, souvent, insupportable dans sa logique de relégation des démunis.

Passe le vaisseau fantôme des photographies de Marie Sordat.

©Marie Sordat

Elles nous happent, on s’y embarque, elles forment une arche pour traverser les temps maléficiés.

« Je voudrais être avec vous, conclut Jane Sautière pour ne pas conclure, comme le chiendent et autres adventices, ce que la violence des artilleurs de l’Horreur Politique détermine comme à effacer, des indésirables qui persistent. »      

Jane Sautière & Marie Sordat, Adventices, Les Inaperçus (Nantes), 2026, 96 pages

https://lesinapercus.fr/produit/adventices/

https://www.mariesordat.net/

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