A la recherche de l’amour, par Carole Bellaïche, photographe, et Yannick Haenel, écrivain

©Carole Bellaïche

« Le silence de ces images me coupe le souffle, c’est pourquoi je me suis mis à écrire (à raconter ce qui respire dans les intervalles) : rejoindre l’absence est une folie, mais rien n’est plus juste (plus nécessaire). » (Yannick Haenel)

Ouvrage conçu comme un hommage au livre Les Choses, de Georges Perec, A ta recherche concentre l’ensemble des belles obsessions de son autrice, Carole Bellaïche.

Obsession pour les histoires d’amour, pour les appartements patinés par le temps et chargés d’objets, pour le corps féminin, pour les bibliothèques, pour les cafés, pour la Tunisie, où vécurent ses parents.

©Carole Bellaïche

Composé essentiellement d’images en noir & blanc rappelant l’époque de la Nouvelle Vague et les romances truffaldiennes, A ta recherche est l’histoire de la rencontre d’un couple lié par une forme d’exil intérieur mutuel.

Carole Bellaïche ne photographie pas l’effusion, mais, de façon elliptique et pudique, le désir, et la solitude à deux.

Peau douce de l’amante aux seins nus, telle une vaste déchirure.  

Il y a ici de la mélancolie, comme si tout était vu depuis un point d’irréconciliable, malgré les corps rapprochés.

©Carole Bellaïche

Cette histoire d’absence dans la présence, ou de présence dans l’absence, Yannick Haenel la raconte et l’invente dans un texte superbe, d’essence durassienne, placé en préambule.

Je lis ses phrases, j’en devine parfois les contours, elles me poursuivent, me guident, me font face.

Dante est conduit par Béatrice dans les royaumes supérieurs, parce qu’on n’y arrive pas seul, et qu’il faut la grâce d’un visage, d’une main, d’un corps souple, pour traverser l’enfer du temps.

Ainsi apparaît une moderne Gradiva (Cécile Baissas), femme d’autant plus magnétique qu’elle ne cherche pas directement à nous séduire, et se retire dans le secret des livres qu’elle ne cesse d’ouvrir, Yannick Haenel l’imaginant en lectrice absolue.

©Carole Bellaïche

« Quand on lit, écrit-il, les journées sont pleines, les nuits sont entières, le monde semble une évidence ; la lumière et l’arrivée du soir suffisent : pourquoi rompre une telle joie ? Elle n’attendait personne ; elle avait des amis mais ne les appelait jamais (elle avait perdu l’usage du téléphone) ; elle ne voulait surtout pas d’homme dans sa vie ; elle avait déjà eu des histoires d’amour (beaucoup même : de brèves histoires, mais toujours enflammées) ; aucune ne l’avait rendue heureuse. »

Que cherche-t-on lorsque l’on est un lecteur compulsif ?

Vers quelle énigme dirige-t-on ses yeux ?

Quelle phrase définitive n’arrêtons-nous pas de manquer ?

Mais un homme (Aristide Dessane) est apparu, qui n’est peut-être qu’un rêve, personnage né d’un livre lu plus ardemment que les autres.

©Carole Bellaïche

Se rendent au café de la Mairie, place Saint Sulpice à Paris, lieu éminemment perecquien.

Voient un film de Claude Sautet, César et Rosalie.

Marchent ensemble sous la pluie.

Entrent dans le bel appartement.

Hésitent encore à s’étreindre.

©Carole Bellaïche

Les photographies de Carole Bellaïche tremblent quelquefois, c’est le vibrato de l’émotion, le froissement des ailes d’un ange contemplant les destinées humaines avec compassion, une géographie de larmes en surimpression.   

Il faut pour couronner l’amour un jardin, un lac, des surfaces où se mirer et s’abandonner.

Partir en voyage, découvrir à deux un pays ensoleillé, devenir des points de lumière.

Cependant, la sensation de non-ajustement est trop forte, il faudrait, pour ne pas finalement se désunir, vaincre la mort elle-même, qui est là, dans les cadres noirs bordant les images, dans une respiration de ténèbres omniprésente, dans le néant qui rôde.

©Carole Bellaïche

« Bien sûr, il y a ce jeune homme dont la présence est insistante auprès d’elle, mais il est clair qu’ils n’évoluent pas dans le même espace : quelque chose de tremblé les sépare, comme une distorsion légère du temps ; ils ont beau être ensemble sur la photo, l’un est plus flou que l’autre. Et moi ? Est-ce qu’on perçoit ma présence ? Je ne fais que glisser à l’intérieur d’un filigrane (les images me sourient depuis tant d’années). »     

En mémoire de sa mère tant aimée, décédée durant la conception de ce livre, Carole Bellaïche a photographié – dernière image – la façade de l’élégant immeuble situé au 3, avenue de Londres, à Tunis, où elle avait habité.

Elle en parlait souvent depuis Paris où elle résida ensuite.

On comprend maintenant qu’entre les pages de cet ouvrage de haute sensibilité un fantôme passe, qui est celui de l’amour maternel, dont le nom secret est peut-être celui de ce titre proustien, A ta recherche.

Carole Bellaïche / Yannick Haenel, A ta recherche, directrice éditoriale Nathalie Bailleux, éditrice Astrid Bargeton, chargée d’administration Natércia Pauty, correctrice Anne-Claire Juramie, directrice artistique Anne Lagarrigue, coordinateur beaux livres/graphisme et mise en page Pascal Guédin, cheffe de fabrication Sandrine Lebreton, attachée de presse Béatrice Foti, assistée de Maxence Gonnet, Gallimard, 2026

©Carole Bellaïche

https://www.gallimard.fr/catalogue/a-ta-recherche/9782073158956

https://www.carolebellaiche.com/

©Carole Bellaïche

Livre édité avec le soutien de la Médiathèque du patrimoine et de la photographie (MPP), auprès de laquelle Carole Bellaïche a entamé un processus de donation de son œuvre photographique

https://mediatheque-patrimoine.culture.gouv.fr/actualite/ta-recherche

©Carole Bellaïche

Exposition à la Galerie Signature, 70 rue Jean-Pierre Timbaud à Paris, du 19 au 28 novembre 2026

https://www.signatures-photographies.com/photographe/carole-bellaiche

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