Lithium, géopolitique de l’or blanc, par Maximiliano Tineo, photographe

©Maximiliano Tineo

On nous vend les voitures électriques comme une manière de participer au grand effort écologique de décarbonation de nos pratiques et usages considérés d’un point de vue écologique, mais il faut surtout renouveler le parc automobile, relancer les usines, faire des profits, sauver ce qu’il reste d’industrie.

Dans un livre au superbe jaspage, comme de coutume impeccablement édité, Dunes Editions nous propose avec El Rey Blanco, de Maximiliano Tineo, de nous pencher, de façon documentaire et poétique, sur le lithium, métal indispensable aux batteries new style, dont la demande mondiale est en expansion constante.

 On considère, nous explique en préface Lukasz Bednarski, que la Bolivie possède les réserves de lithium, appelé communément l’or blanc, les plus importantes au monde, mais il n’est pas facile de l’extraire et de savoir qui le fera, la mine étant toujours, continue-t-il, de nature invasive.

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Prolongeant en images et textes les réflexions sur l’exploitation coloniale des ressources de l’Amérique latine depuis le XVe siècle telles qu’exposées dans le Rapport Meadows (Club de Rome, 1972) et l’essai indispensable Les Veines ouvertes de l’Amérique latine (Eduardo Galeano, 1971), El Rey Blanco interroge le modèle négatif de l’extractivisme, et la géopolitique concernant ce minerai précieux pour ce qu’on appelle la transition énergétique.   

Enquêtant sur l’envers toxique du projet moderne, l’artiste visuel argentin Maximiliano Tineo vivant en France articule, analyse Alejandro Leon Cannock, « l’histoire de la dévastation extractive depuis la période coloniale en Amérique du Sud, en mettant en relation l’extraction de l’argent à Potosi (Bolivie) durant les premiers siècles de la colonie et l’extraction contemporaine du lithium dans le « Triangle du lithium », entre la Bolivie, l’Argentine et le Chili. »

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Composé d’images de nature hybride, El Rey Blanco, entrecoupé de calques sur lesquels sont inscrites de courtes notations, collige photographies contemporaines et archives (cartes et estampes), mettant en lien la Séville des grands navigateurs et les pays colonisés, des paysages d’Amérique (deltas, zones humides, fleuves, habitats) et des visages de travailleurs, des mines, en activité ou non, et des pyramides d’argent fantasmatiques matérialisées par un triangle de points blancs (intervention plastique directement sur l’image).

El Rey Blanco est un livre hanté.

Présence de fantômes, violences désormais silencieuses, terres profanées.

La richesse des uns procède de la mise au servage des autres, par les sangsues européennes.

La légende précolombienne d’un monarque régnant sur une montagne d’argent désignait bien une réalité, mais pas celle qu’on avait pu croire.

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Assis sur le capitalisme vert, les souverains d’aujourd’hui achètent le sacrifice de la planète avec la bonne conscience des êtres purs.

Visuellement très beau, El Rey Blanco nous invite à questionner la vraie nature de nos richesses.  

Maximiliano Tineo, El Rey Blanco, textes (anglais, espagnol, français) Lukasz Bednarski, Alejandro Leon Cannock, Maximiliano Tineo, design graphique Camilla Marrese, direction éditoriale Margaux Beaughon, Dunes Editions, 2026 – 800 exemplaires

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https://maximilianotineo.com/

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https://fr.dunes-editions.com/

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